« J’attends un enfant de ton futur mari » : au cœur de son enterrement de vie de jeune fille, sa meilleure amie a brisé la fête avec une accusation impossible à oublier

« J’attends un enfant de ton futur mari. »

Cette phrase, la meilleure amie d’Élodie l’a lâchée au milieu de son enterrement de vie de jeune fille, au moment même où tout aurait dû n’être que rires, champagne et promesses d’avenir.

— Tu plaisantes ? Cette robe coûte le prix d’une vieille Clio d’occasion ! Claire fixait l’étiquette, les yeux écarquillés, comme si les chiffres allaient finir par changer si elle les regardait assez longtemps.

— Non, c’est toi qui plaisantes si tu imagines que je vais me marier dans une robe qui ne fera pas oublier à Thomas comment respirer ! Élodie tournait devant le miroir, une main posée sur la traîne somptueuse. On ne se marie qu’une fois dans sa vie !

— Espérons-le, marmonna Claire, toujours incapable de détacher son regard du prix. Mais sérieusement, Élodie, pourquoi une folie pareille ? Thomas t’aime toi, pas ton morceau de tulle hors de prix.

Élodie s’arrêta d’un coup. Son sourire s’effaça et son regard prit cette gravité que Claire ne lui connaissait que dans les jours où les souvenirs revenaient trop fort.

— Quand tes parents disparaissent, tu comprends que certains instants n’arrivent jamais deux fois. Je veux que cette journée soit parfaite. Je veux que papa et maman, de là où ils sont, puissent être fiers de moi.

Claire sentit sa gorge se serrer. Elle regretta aussitôt sa remarque. Les parents d’Élodie étaient morts dans un accident de voiture trois ans plus tôt, et depuis, son amie avait appris à cacher le manque derrière des éclats de rire, des robes colorées et une légèreté qui sonnait parfois comme une armure.

— Pardon, souffla Claire en s’approchant pour la prendre dans ses bras sans froisser le tissu précieux. Si cette robe est celle qu’il te faut, alors elle vaut chaque centime.

— Le plus drôle, reprit Élodie avec un petit sourire, en repoussant une mèche rebelle, c’est que Thomas m’a proposé de piocher dans notre cagnotte pour Venise. Il a dit que Venise ne s’envolerait pas, mais qu’une mariée dans la robe parfaite, ça n’arrivait qu’une seule fois.

Claire sourit en pensant à Thomas, grand, posé, avec ses yeux doux et son sourire un peu timide. Avec Élodie, ils formaient un équilibre évident : elle était vive, lumineuse, parfois emportée ; lui calme, réfléchi, solide comme une main posée au bon moment.

— Claire, je suis tellement heureuse, murmura Élodie pendant que la vendeuse allait chercher le voile. Parfois, j’ai du mal à croire que Thomas soit la meilleure chose qui me soit arrivée.

— Après moi, évidemment, la taquina Claire.

Élodie éclata de rire.

— Évidemment ! Au fait, on parle de l’enterrement de vie de jeune fille ? C’est dans deux semaines.

— Tout est prêt, la rassura Claire, qui avait pris l’organisation en main. Un petit gîte à la campagne, une piscine, un sauna, un karaoké et tes sept meilleures amies. Aucun strip-teaseur, comme demandé.

— Dommage, lança Élodie avec un clin d’œil. Sandrine aurait eu de quoi se consoler, depuis son divorce elle cherche encore la lumière au bout du tunnel.

— Pour Sandrine, j’ai prévu une surprise à part, répondit Claire en souriant.

La vendeuse revint avec un voile de dentelle, et la conversation glissa vers la longueur, le tombé, la fixation et tous ces détails minuscules qui, pour Élodie, avaient soudain l’importance d’un destin.

Quand Claire rentra chez elle, elle était épuisée mais satisfaite. Élodie avait enfin choisi sa robe et ses accessoires ; il ne restait plus qu’à régler les derniers points du mariage. Après s’être accordé un long bain chaud, Claire repensa au week-end qui approchait, à la fête prévue, aux courses, aux chambres, aux bouteilles, à tout ce qui devait rendre son amie heureuse.

En sortant de la salle de bain, elle entendit son téléphone vibrer. Amandine, une autre amie, écrivait qu’elle ne pourrait pas venir : son fils avait de la fièvre.

— Quel dommage, murmura Claire, avant de lui répondre avec des vœux de prompt rétablissement. Une petite voix lui souffla que ce ne serait pas le dernier désistement.

Le lendemain matin, Céline appela à son tour. Elle s’excusa longuement : impossible de se libérer du travail.

— Ne t’inquiète pas, lui dit Claire. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là au mariage.

Le vendredi soir, lorsque Claire prit la route dans un vieux Renault Trafic rempli de sacs de nourriture, de bouteilles et de décorations, elles n’étaient plus que quatre parmi les sept invitées prévues : Claire, Sandrine, Nathalie et Valérie. Élodie, pourtant, refusa de se laisser abattre.

— Moins on est nombreuses, plus on respire, déclara-t-elle en s’installant à côté de Claire, sur le siège passager. Et surtout, il y aura plus de champagne pour chacune !

Sandrine, l’amie divorcée, avait déjà débouché une bouteille de crémant et versait les bulles dans des gobelets en plastique.

— À la future mariée ! lança-t-elle. À la plus belle, la plus heureuse et la plus chanceuse de nous toutes !