— Regarde un peu, ma chère : voici notre nouveau colocataire, lança son mari avec un sourire mauvais en ouvrant grand la porte d’entrée.
Derrière lui se tenait un homme maigre, mal rasé, vêtu d’une veste usée et tachée. Il semblait épuisé, comme s’il n’avait pas dormi dans un vrai lit depuis des mois.
— C’est un sans-abri du quartier. Désormais, il vivra ici avec toi. Tu le nourriras, tu laveras ses vêtements et tu t’occuperas de lui. Si tu veux, tu peux même l’épouser.
La femme devint livide.
— Tu as perdu la tête ? Qu’est-ce que tu es en train de faire ?
— Je ne veux plus vivre avec toi, répondit-il d’un ton glacial. Je pars rejoindre une autre femme. Elle est plus jeune, plus jolie et bien plus intéressante que toi. Quant à toi, tu peux rester ici et dépérir à ton aise, cela m’est complètement égal. De ce mariage, je ne voulais qu’un fils. Il est adulte maintenant. J’ai encore le temps de profiter de la vie. Adieu, ma chère.
La veille, il avait conclu en toute hâte une transaction avec l’aide d’un notaire de ses relations. Il avait réellement vendu sa part de l’appartement au premier inconnu venu : un sans-abri nommé Nicolas, qu’il avait remarqué près d’un supermarché. Pour accepter de participer à cette étrange affaire, l’homme avait demandé une bouteille d’alcool et quelques centaines d’euros.
Le mari se croyait particulièrement habile. À présent, sa femme serait légalement obligée de partager son toit avec un homme sale et sans ressources. Après avoir remis à Nicolas un dossier froissé contenant les documents de vente, il claqua la porte avec satisfaction. Quelques heures plus tard, il se trouvait déjà dans un avion, installé à côté de sa maîtresse lourdement maquillée, rêvant de la Méditerranée, des hôtels luxueux et d’une existence débarrassée de toute contrainte.
Pourtant, lorsqu’il revint de vacances, une vengeance terrible l’attendait. 😱😨
Après le départ de son mari, la femme resta plusieurs minutes immobile au milieu du couloir. Dans le silence de l’appartement, on n’entendait que les gouttes qui tombaient lentement d’un robinet défectueux dans la salle de bains. Finalement, elle inspira profondément et se tourna vers l’inconnu.
— Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle d’une voix lasse.
— Nicolas, répondit-il avec gêne en changeant nerveusement d’appui. Ne vous inquiétez pas… Je peux repartir. Je ne veux rien vous prendre.
— Non, Nicolas, dit-elle avec un calme surprenant. Vous allez d’abord prendre une douche. Ensuite, vous mangerez quelque chose de chaud. Après cela, nous parlerons tranquillement.
Quelques heures plus tard, l’homme assis en face d’elle n’avait plus grand-chose à voir avec le vagabond dépenaillé entré dans l’appartement. C’était un homme d’une cinquantaine d’années, fatigué, mais propre et présentable. Il portait un vieux sweat appartenant au fils de la maison. Ses cheveux étaient lavés, son visage rasé et ses yeux, jusque-là fuyants, semblaient moins accablés.
La femme posa sur la table de la cuisine les papiers que Nicolas n’avait cessé de serrer entre ses doigts.
— Si je comprends bien, vous êtes désormais officiellement propriétaire de la moitié de cet appartement. Mais vous savez parfaitement que mon mari vous a manipulé.
Nicolas baissa la tête, honteux.
— Il m’a dit que peu lui importait ce qui m’arriverait ensuite. Il voulait seulement vous faire souffrir. Son but était de vous empoisonner la vie.
— Moi, je ne me moque pas de ce qui va vous arriver, répondit-elle fermement. Alors je vous propose un arrangement honnête. Je vais vous aider à sortir de la rue. Je vous trouverai un hébergement temporaire, j’achèterai des vêtements corrects et je vous aiderai à entrer dans un centre de réinsertion. En échange, vous me céderez votre part de l’appartement.
Nicolas resta silencieux durant un long moment. Puis il acquiesça.
Une semaine plus tard, ils étaient assis côte à côte dans une étude notariale du centre-ville. Nicolas signa l’acte de donation de sa part du logement. En retour, la femme lui remit une somme convenable, lui acheta le nécessaire et obtint pour lui une place dans un centre social où il pourrait être soigné, accompagné et aidé à reprendre une vie normale.
Mais elle ne s’arrêta pas là.
Elle rassembla tous les vêtements et les objets personnels de son mari dans de grands sacs-poubelle, puis les apporta au foyer où Nicolas avait été accueilli. La voiture achetée pendant leur mariage, mais immatriculée à son nom, resta entre ses mains. Avec l’aide de son avocat, elle fit également suspendre provisoirement l’accès de son époux aux comptes bancaires communs.
Ensuite, elle téléphona à l’entreprise où il travaillait.
D’une voix posée, mais suffisamment inquiète pour paraître sincère, elle expliqua à la direction que son mari avait un comportement de plus en plus préoccupant. Il oubliait des informations essentielles, prenait des décisions absurdes, vendait leur patrimoine pour presque rien, avait abandonné sa famille et était parti à l’étranger sans prévenir personne.
La direction préféra ne prendre aucun risque. Dans un premier temps, l’employé jugé peu fiable fut suspendu. Puis, après l’examen de plusieurs dossiers mal gérés et de contrats importants qu’il avait laissés échouer, il fut licencié.
L’homme ne découvrit la vérité que deux semaines plus tard.
Entre-temps, l’argent dépensé sur la Côte d’Azur avait presque entièrement disparu. Sa carte bancaire, qu’il utilisait sans réfléchir dans les hôtels et les restaurants, cessa soudainement de fonctionner. Sa jeune maîtresse comprit alors que les vacances de luxe étaient terminées. Elle fit ses valises et rentra à Paris avant lui, sans manifester le moindre intérêt pour ses problèmes financiers ou familiaux.
Humilié, furieux et persuadé que sa femme finirait par céder, l’homme rentra chez lui avec l’intention de reprendre immédiatement le contrôle de la situation.
Mais lorsqu’il atteignit son étage, il crut d’abord s’être trompé d’appartement.
La vieille serrure avait disparu. À sa place brillait une porte neuve, équipée d’un système de sécurité moderne.
Il introduisit plusieurs fois sa clé dans la serrure, mais elle ne s’y enfonça même pas.