Après une nuit passée dans les bras de sa maîtresse, il rentra chez lui le sourire aux lèvres — sans savoir que son épouse enceinte s’apprêtait déjà à monter dans un jet privé

Laurent tenta un jour d’envoyer à Claire un immense bouquet de roses blanches.

Les mêmes qu’il avait autrefois l’habitude de lui offrir après avoir oublié un anniversaire ou brisé une promesse.

Claire les fit livrer au service de maternité de l’hôpital municipal.

Il lui écrivit ensuite une longue lettre.

Isabelle la renvoya sans l’ouvrir.

Plus tard, Laurent essaya de l’atteindre par l’intermédiaire d’un ami commun.

Claire coupa également ce contact.

Pas pour se venger.

Pas par haine.

Mais parce qu’elle avait enfin trouvé la paix.

Un mois avant la date prévue de son accouchement, Claire revint à Paris pour une audience.

Elle portait une élégante robe de grossesse couleur ivoire et un long manteau camel. Ses cheveux étaient relevés et son visage exprimait une sérénité déterminée.

Lorsqu’elle apparut devant le palais de justice, les appareils photo se mirent à crépiter.

Cette fois, elle ne baissa pas la tête.

Elle ne se cacha pas.

Laurent l’attendait déjà à l’intérieur.

Il semblait plus âgé.

Pas détruit comme aimaient le prétendre certains magazines.

Plutôt vidé.

Son costume restait parfaitement coupé.

Ses chaussures brillaient toujours.

Mais l’assurance qu’il avait autrefois portée comme une armure avait disparu de sa posture.

Lorsque Claire entra dans la pièce, il se leva lentement.

Ce qu’elle ressentit la surprit.

En réalité, rien de douloureux ne la traversa.

Ni colère.

Ni souffrance.

Ni désir.

Seulement une tristesse silencieuse pour la femme qu’elle avait été autrefois.

— Claire, murmura Laurent.

L’avocat de Claire fit un pas, mais elle l’arrêta d’un léger geste de la main.

— Tout va bien.

Laurent déglutit.

— Tu es très belle.

— Je vais bien.

Son regard descendit vers son ventre.

Une lueur de douleur traversa son visage.

— Comment va le bébé ?

— Il est en bonne santé.

— Je suis heureux de l’apprendre.

Claire l’observa quelques secondes.

— Vraiment ?

La simplicité de la question le frappa plus durement que toutes les accusations.

— Oui.

Elle acquiesça calmement.

Laurent s’approcha légèrement et baissa la voix.

— Je sais que je ne mérite pas ton pardon.

— Non, répondit-elle. Tu ne le mérites pas.

Il eut un mouvement presque imperceptible.

— J’ai tout détruit.

Claire secoua lentement la tête.

— Non, Laurent. Tu n’as pas détruit notre mariage. Tu as seulement révélé des fissures qui existaient depuis longtemps.

Il baissa les yeux.

— J’ai été égoïste.

— Tu as été cruel, corrigea-t-elle avec calme.

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Je suis désolé.

Enfin.

Il venait de prononcer les mots que Claire avait autrefois désirés avec une telle intensité qu’elle en avait passé d’innombrables nuits sans dormir.

Mais ils arrivaient trop tard.

Ils portaient peut-être du regret, mais ne contenaient plus rien dont elle avait besoin.

Claire inspira lentement.

— Je crois que tu regrettes sincèrement, dit-elle. Mais je n’ai plus besoin de tes excuses.

Le visage de Laurent s’affaissa sous le poids de cette réponse.

— Je t’ai aimée, souffla-t-il.

La voix de Claire se fit plus douce.

— Peut-être. Mais pas d’une manière qui savait me protéger.

Les portes de la salle d’audience s’ouvrirent.

Isabelle appela Claire.

Elle se détourna.

Laurent parla encore une fois.

— Est-ce que notre enfant connaîtra seulement son père ?

Claire s’immobilisa.

Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit la colère renaître en elle.

Pas une colère sauvage.

Pas une colère destructrice.

Une colère calme, précise et parfaitement lucide.

— Cela dépendra de l’homme que tu choisiras de devenir après avoir tout perdu, répondit-elle. Pas du personnage que tu joueras devant un juge.

Puis elle entra dans la salle sans hésiter.

La procédure de divorce dura plusieurs mois.

L’enquête, bien davantage.

Laurent finit par reconnaître sa responsabilité dans les irrégularités financières liées aux fausses dépenses de la fondation.

Parce qu’il coopéra avec les autorités pendant l’enquête, il échappa à la peine la plus sévère.

Mais son entreprise s’effondra.

Les gens qui l’avaient autrefois entouré disparurent.

Le nom Delmas n’ouvrait plus aucune porte sans provoquer des murmures et des regards soupçonneux.

Un matin pluvieux d’avril, Claire donna naissance à une petite fille.

Louise Éléonore Delmas.

Lorsque la sage-femme posa le bébé sur sa poitrine, Claire se mit à pleurer si fort que le médecin laissa échapper un rire attendri.

— Je constate que vous avez toutes les deux d’excellents poumons.

Louise avait les cheveux foncés.

La bouche de Claire.

Elle ouvrait lentement les yeux, comme si elle avait déjà décidé, dès son arrivée au monde, que tout ce bruit ne l’impressionnait pas particulièrement.

Antoine arriva un peu plus tard.

Il n’apportait pas de roses.

Ni de bijou coûteux.

Il tenait seulement un petit lapin en peluche et une carte.

Lorsque Claire l’aperçut, elle sourit.

— Quel cadeau somptueux, plaisanta-t-elle.

Antoine lui rendit son sourire.

— On m’a dit qu’il était difficile d’impressionner les nouveau-nés.

— C’est exact. Pour l’instant, elle se contente de juger les gens avec beaucoup de sérieux.