Certaines photos font froid dans le dos, même si elles ne sont pas censées le faire. Une image anodine peut sembler inquiétante si on la regarde à travers le prisme de l’histoire ou si on la sort de son contexte. Pourquoi semble-t-elle si effrayante ? Quelle histoire se cache derrière elle ?
Depuis toujours, les appareils photo immortalisent des moments qui suscitent la curiosité, l’inquiétude et d’innombrables questions. Ces images fantomatiques n’ont pas été créées pour être effrayantes, mais leurs détails mystérieux ou leur histoire oubliée les rendent inoubliables.
Parfois, découvrir la vérité qui se cache derrière elles permet de dissiper le suspense, mais dans d’autres cas, cela ne fait qu’ajouter au mystère. Êtes-vous prêt à découvrir les histoires qui se cachent derrière ces échos glaçants du passé ?
- La montagne de crânes de bisons (1892)
- Inger Jacobsen et Bülow (1954)
- Marchand de momies endormies (1875)
- Les poumons d’acier (1953)
- Une jeune mère et son enfant mort (1901)
- Une ouvrière de 9 ans dans une usine du Maine (1911)
- James Brock verse de l’acide dans une piscine (1964)
- Les mineurs de charbon remontent des profondeurs (vers 1900)
- Empreintes digitales d’Alvin Karpis (1936)
- Costumes d’Halloween en 1930
- Deux hommes fabriquent un masque mortuaire (vers 1908).
La montagne de crânes de bisons (1892)

Cette photographie fantomatique, prise en 1892 près de l’usine Michigan Carbon Works à Rougeville, dans le Michigan, immortalise un moment choquant de l’histoire. Elle montre une immense montagne de crânes de bisons, collectés pour être transformés en colle d’os, en engrais et en charbon de bois. Ce qui rend cette image si troublante, c’est l’histoire qu’elle raconte, non seulement sur l’exploitation des ressources naturelles, mais aussi sur les pertes massives liées à la colonisation et à l’industrialisation.
Au début du XIXe siècle, l’Amérique du Nord comptait entre 30 et 60 millions de bisons. Au moment où cette photo a été prise, leur nombre avait chuté à un minimum stupéfiant : seulement 456 bisons sauvages. L’expansion des colons vers l’ouest et la demande du marché pour les peaux et les os de bisons ont conduit à l’extermination brutale de troupeaux autrefois prospères. Entre 1850 et la fin des années 1870, la plupart des troupeaux ont été décimés, laissant derrière eux un désastre tant écologique que culturel.
Le tas d’os qui s’élève sur cette photo n’est pas seulement le témoignage de la cupidité industrielle ; il reflète également le lien profond qui unissait les peuples autochtones et les bisons, un lien qui a été violemment rompu par cette destruction à grande échelle. Les os empilés pour former une montagne artificielle effacent la frontière entre les paysages naturels et artificiels, un concept que le photographe Edward Burdynsky a plus tard appelé « paysages industriels ».
Aujourd’hui, grâce aux efforts de conservation, environ 31 000 bisons sauvages parcourent l’Amérique du Nord. Cette photographie nous rappelle cruellement à quel point nous avons failli les perdre complètement, un regard glaçant sur un passé façonné par des choix dont l’écho résonne encore aujourd’hui.
Inger Jacobsen et Bülow (1954)

Cette photo du milieu des années 1950 peut sembler un peu effrayante à première vue, mais elle représente probablement elle immortalise une journée ordinaire dans la vie de la chanteuse norvégienne Inger Jacobsen et de son mari, le ventriloque danois Jackie Hein Bylow Jantzen, plus connu sous son nom de scène Jackie Bylow.
Jakobsen était une chanteuse très appréciée en Norvège et a même représenté son pays au concours Eurovision de la chanson en 1962. À la même époque, Bülow apportait son charme unique et son talent de ventriloque au public à une époque où cet art était en plein essor, en particulier à la radio et à la télévision naissante.
La photo semble être un cliché d’une époque révolue, un aperçu d’un monde qui semble lointain par rapport à celui d’aujourd’hui. Cependant, le ventriloquisme, bien qu’il soit devenu moins courant, n’a pas complètement disparu. Le talent et la créativité des ventriloques continuent de séduire le public, et trois artistes, Terry Fator (2007), Paul Zerdin (2015) et Darcy Lynn (2017) — ont même remporté l’émission America’s Got Talent. Cela prouve que le monde peut changer, mais que certaines traditions continuent de vivre sous des formes inattendues.
Marchand de momies endormies (1875)

Les momies ont toujours fasciné l’humanité, et celles de l’Égypte antique captivent l’imagination depuis plus de 2 000 ans. Mais la façon dont elles ont été traitées tout au long de l’histoire de l’humanité révèle une histoire étrange et parfois troublante.
Au Moyen Âge, les Européens utilisaient les momies à des fins très diverses : ils les réduisaient en poudre pour fabriquer des remèdes supposés, les transformaient en torches parce qu’elles brûlaient bien, et les utilisaient même pour soigner des maux tels que la toux ou les fractures osseuses. La croyance selon laquelle les momies étaient embaumées à l’aide de bitume médicinal a contribué à cette tendance, même si ce n’était en réalité pas le cas. Au XIXe siècle, l’utilisation médicale des momies a disparu, mais l’intérêt pour celles-ci est resté.
Les pilleurs de tombes alimentaient la demande de momies, et les marchands les transportaient d’Égypte vers l’Europe et l’Amérique, où elles devenaient un bien précieux pour les riches. Elles étaient exposées comme un symbole de statut social ou utilisées à des fins de recherche. L’une des tendances les plus étranges des années 1800 était la « fête du déballage », au cours de laquelle les momies étaient solennellement déballées devant un public curieux, effaçant ainsi les frontières entre science et divertissement.
Cette image d’un marchand se reposant parmi une multitude de momies souligne à quel point ces artefacts anciens sont devenus des marchandises utilisées à des fins diverses, allant des expériences médicales aux spectacles dans les salons. Elle nous rappelle comment les biens culturels étaient autrefois considérés et pourquoi leur préservation est si importante aujourd’hui.
Les poumons d’acier (1953)

Avant l’apparition des vaccins, la poliomyélite était l’une des maladies les plus redoutables au monde, paralysant ou tuant chaque année des milliers de personnes. Aux États-Unis, l’épidémie la plus grave a été celle de 1952, avec près de 58 000 cas recensés, plus de 21 000 personnes handicapées et 3 145 décès, principalement des enfants. La poliomyélite n’endommage pas directement les poumons, mais affecte les motoneurones de la moelle épinière, perturbant la communication entre le cerveau et les muscles nécessaires à la respiration.
Pour les patients les plus gravement atteints, la survie signifiait souvent être confiné dans un « poumon d’acier », un respirateur mécanique qui les maintenait en vie en insufflant de l’air dans leurs poumons paralysés. Les hôpitaux étaient remplis de rangées de ces appareils cylindriques imposants, remplis d’enfants luttant pour leur vie. Une seule image de ces « poumons mécaniques » suffit à transmettre les effets dévastateurs de la poliomyélite, ce rappel glaçant de la peur et de l’incertitude qui ont envahi les familles avant l’arrivée du vaccin en 1955.
Même pour ceux qui sortaient du poumon d’acier, la vie n’était plus jamais la même, car ils restaient souvent handicapés. Mais la photo ci-dessus, avec ses rangées interminables de poumons d’acier, témoigne à la fois des victimes humaines de l’épidémie et de la ténacité de ceux qui se sont battus pour la surmonter.
Une jeune mère et son enfant mort (1901)

L’image fantomatique d’Otilia Janushevska portant dans ses bras son fils Alexandre récemment décédé immortalise non seulement un moment de profonde tristesse, mais témoigne également de la tradition victorienne de la photographie posthume. Cette pratique, qui s’est répandue au milieu du XIXe siècle, était un moyen d’honorer la mémoire du défunt et de conserver un dernier lien tangible avec ses proches, surtout lorsque la réalité de la mort semblait trop accablante.
L’idée de méditer sur la mort trouve ses racines dans le concept de memento mori, qui signifie « souviens-toi que tu dois mourir », et qui a des origines historiques profondes. Au Moyen Âge, les peintures comportaient souvent des rappels de la mort, et dans les cultures plus anciennes, on créait des bibelots représentant des squelettes, une reconnaissance sombre mais nécessaire de la fragilité de la vie.
Avec l’avènement de la photographie au XIXe siècle, celle-ci est devenue le moyen idéal pour rendre ces réflexions personnelles et intimes. Les familles, qui pouvaient désormais prendre des photos, immortalisaient leurs proches décédés, essayant de les garder près d’elles afin d’avoir toujours leurs visages à portée de main. Cela permettait aux vivants de faire leur deuil, mais aussi de créer des liens solides, un sentiment de connexion après la mort.
Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, lorsqu’un être cher nous quitte, nous avons tendance à nous concentrer sur la célébration de sa vie, en évitant souvent la dure réalité de sa mort, presque comme s’il était interdit d’en parler directement. Contrairement à eux, les Victoriens acceptaient la mort avec enthousiasme, l’intégrant dans des rituels qui reconnaissaient son inévitable présence.
Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui, lorsqu’un être cher nous quitte, nous avons tendance à nous concentrer sur la célébration de sa vie, en évitant souvent la dure réalité de sa mort, presque comme s’il était interdit d’en parler directement. Contrairement à eux, les Victoriens acceptaient la mort avec enthousiasme, l’intégrant dans des rituels qui reconnaissaient son caractère inévitable.
La photographie posthume, qui a atteint son apogée dans les années 1860-1870, a joué un rôle clé dans ce processus. Elle a vu le jour dans les années 1840 avec l’invention de la photographie, et bien que tous les Victoriens n’aient pas accepté sans sourciller la prise de photos de personnes décédées, cette pratique s’est largement répandue, en particulier au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Europe.
Une ouvrière de 9 ans dans une usine du Maine (1911)

En 1911, la vie de nombreuses familles de la classe ouvrière américaine se résumait à un travail pénible, de longues heures et la difficulté de joindre les deux bouts.
Pour Nan de Gallant, une fillette de 9 ans originaire de Perry, dans le Maine, l’été ne signifiait qu’une seule chose : travailler à l’usine Seacoast Canning Co. à Eastport, dans le Maine. Elle ne courait pas dans les champs et ne jouait pas avec ses amis : elle aidait sa famille à transporter des sardines, travaillant de longues heures avec sa mère et ses deux sœurs.
Le travail des enfants était malheureusement courant en Amérique au début du XXe siècle, en particulier dans des secteurs tels que la conserve, le textile et l’agriculture. Chaque paire de mains supplémentaire aidait les familles. Mais pour des enfants comme Nan, cela signifiait sacrifier leur enfance.
À 9 ans, elle travaillait déjà, ce qui n’était malheureusement pas rare pour les enfants de son âge à cette époque. Selon le Bureau of Labor Statistics des États-Unis, en 1910, 18 % des enfants âgés de 10 à 15 ans travaillaient.
Dans l’État du Maine, une loi interdisait aux enfants de moins de 12 ans de travailler dans l’industrie, mais elle ne s’appliquait pas aux conserveries, où étaient fabriqués des produits périssables. Cette loi a été modifiée en 1911, mais il est difficile de dire dans quelle mesure elle a influencé la vie d’enfants comme Nan.
James Brock verse de l’acide dans une piscine (1964)

En 1964, une photo glaçante montre James Brock, gérant d’un motel, en train de verser de l’acide chlorhydrique dans la piscine du Monson Motor Lodge afin d’empêcher les nageurs noirs de l’utiliser.
Cet acte fait suite à la tentative d’un groupe de militants noirs d’intégrer un espace ségrégué à St. Augustine, en Floride. Plutôt que d’accepter l’égalité, Brock a décidé de détruire la piscine.
La photo prise par Charles Moore symbolise le racisme profondément enraciné de l’époque et le courage de ceux qui se sont battus pour les droits civiques. Aujourd’hui, elle nous rappelle le chemin parcouru et celui qu’il nous reste à parcourir dans la lutte pour l’égalité. Elle nous enseigne la résilience, la force de la résistance et la nécessité d’affronter les vérités dérangeantes de notre histoire.
Les mineurs de charbon remontent des profondeurs (vers 1900)

Au début des années 1920, les mineurs de charbon belges vivaient des jours difficiles sous terre, travaillant dans des conditions dangereuses pour alimenter en combustible la révolution industrielle naissante. Après plusieurs heures de travail épuisant dans l’obscurité, ils s’entassaient dans un ascenseur bondé et remontaient enfin à la lumière. Le grincement de l’ascenseur et le murmure de leurs voix témoignaient de leur forte dépendance les uns envers les autres.
Leurs visages couverts de poussière de charbon racontaient leur dur labeur et leur abnégation. Chaque ride et chaque trait témoignaient de la pénibilité de leur travail, mais reflétaient en même temps leur fierté. Ces personnes assuraient le fonctionnement de l’industrie, même si cela se faisait au détriment de leur santé et de leur sécurité.
Quand ils sont enfin sortis à la lumière du jour, cela leur a rappelé de manière frappante le contraste entre l’obscurité des mines et la lumière éclatante au-dessus de leurs têtes. Mais cela leur rappela encore plus leur force et leur résilience. Ils étaient là les uns pour les autres, et ensemble, ils continuèrent d’avancer. Le lien qui les unissait, forgé par leur lutte commune, était au cœur de leur communauté : ils affrontaient les difficultés côte à côte, quoi qu’il arrive.
Empreintes digitales d’Alvin Karpis (1936)

Alvin « Grimy » Karpis, criminel tristement célèbre des années 1930, faisait partie du gang de Barker et se livrait à des enlèvements retentissants. Après avoir laissé ses empreintes digitales sur deux crimes majeurs en 1933, il tenta d’effacer son identité.
En 1934, lui et son complice Fred Barker ont subi une opération de chirurgie esthétique chez le médecin Joseph « Doc » Moran, à Chicago. Moran a modifié leur nez, leur menton et leur mâchoire, et a même congelé leurs doigts avec de la cocaïne afin d’effacer leurs empreintes digitales.
Malgré tous ces efforts, Carpis a été arrêté à la Nouvelle-Orléans en 1936, condamné à la prison à vie et a passé plus de 30 ans derrière les barreaux, notamment à Alcatraz. Il a été libéré avant terme en 1969.
Costumes d’Halloween en 1930

Pendant la Grande Dépression, alors que les cas de violence et de vandalisme se multipliaient, les communautés ont commencé à créer des traditions telles que la distribution de bonbons, les fêtes costumées et l’organisation de maisons hantées afin de dissuader les gens de troubler l’ordre public. À cette époque, il y avait également davantage de choix de costumes pour les enfants, ce qui ajoutait à la joie des célébrations.
Deux hommes fabriquent un masque mortuaire (vers 1908).

Les masques mortuaires étaient autrefois utilisés pour préserver l’apparence du défunt. Les Égyptiens de l’Antiquité, par exemple, créaient des masques détaillés pour aider les morts à s’orienter dans l’au-delà. De la même manière, les Grecs et les Romains de l’Antiquité créaient des statues et des bustes de leurs ancêtres, jetant ainsi les bases des masques mortuaires qui sont apparus plus tard.
Ce qui distinguait les masques mortuaires des autres représentations, c’était leur réalisme. Contrairement aux sculptures idéalisées, ces masques étaient destinés à transmettre les véritables traits d’une personne, créant ainsi un hommage indélébile. Des personnalités célèbres telles que Napoléon, Lincoln et Washington ont fait réaliser des masques mortuaires qui ont ensuite été utilisés pour des statues et des bustes les immortalisant longtemps après leur mort.
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