En seize ans de mariage, mon mari n’a jamais fait une seule scène de jalousie. J’en étais venue à croire que je ne comptais pas pour lui… jusqu’au jour où, après notre divorce, il a prononcé une phrase qui a tout bouleversé

Dimanche dernier, nous nous promenions. Le parc, l’automne, les feuilles. Il avançait à côté de moi en silence, les mains dans les poches. Moi aussi, je marchais en silence, les mains dans les poches. Deux personnes qui réapprennent à être ensemble — et qui, parfois, se taisent encore. Sauf que ce silence n’est plus le même. Il n’est plus creux. Il n’est plus un mur. C’est une pause. Un souffle entre des mots qui viendront encore.

Il s’est arrêté. Il a sorti une main de sa poche. A regardé la mienne — toujours cachée dans la poche de mon manteau. Je voyais qu’il se préparait. Qu’il rassemblait son courage. Qu’il faisait quelque chose qu’il n’avait pas fait en seize ans.

Il m’a pris la main.

Juste ça — il l’a prise. Sans un mot. Sa main était grande, chaude. Il a serré doucement, avec précaution, comme on tient quelque chose qu’on a peur de briser.

J’ai serré à mon tour.

Nous avons traversé le parc main dans la main. Deux divorcés de quarante-trois et quarante-cinq ans, en train d’apprendre de nouveau — à parler, à entendre, à rester l’un près de l’autre. Non pas comme mari et femme. Comme deux êtres vivants qui ont enfin cessé de se cacher.

Il n’a pas dit « je t’aime ». Peut-être qu’il le dira. Peut-être pas. Peut-être que son « je t’aime », c’est cette main dans la mienne, dans le vent d’octobre, au milieu du parc où les feuilles bruissent et où personne n’est pressé.

Pour l’instant, cela me suffit. Oui, pour l’instant, cela me suffit. Le reste viendra. Ou pas. Mais nous avançons. Ensemble. Et c’est déjà bien plus que ce que nous avions.

Bien plus.