Les passagers autour commencèrent à se retourner.
Je n’avais jamais eu le moindre problème sérieux avec la justice, mais à cet instant précis, j’étais presque certain qu’on allait m’arrêter.
Le premier agent arriva devant nous.
— Qui nous a appelés ?
Henri leva calmement la main.
— C’est moi.
Puis, contre toute attente, il désigna mon sac à dos.
— Commencez par vérifier la petite poche extérieure.
J’étais tellement déconcerté que je fus incapable de répondre immédiatement.
Le policier posa les yeux sur moi.
— Monsieur, ce sac vous appartient ?
— Oui. Mais je ne comprends absolument pas ce qu’il veut dire.
Henri ajouta d’une voix posée :
— J’ai vu ce qui s’est passé.
Le policier enfila des gants, s’accroupit près de mon sac et ouvrit avec précaution la poche extérieure.
Une seconde plus tard, il en sortit un portefeuille de femme.
Je fixai l’objet sans parvenir à y croire.
— Ce n’est pas à moi.
L’agent plongea de nouveau la main dans la poche et en retira un deuxième portefeuille.
Puis trois téléphones portables.
— Je n’ai jamais vu ces affaires de ma vie, balbutiai-je.
Le visage des policiers se durcit aussitôt.
Devant mes yeux défilaient déjà les scénarios les plus catastrophiques.
C’est alors qu’Henri déclara tranquillement :
— C’est un autre homme qui les a mis là.
Le policier se tourna immédiatement vers lui.
— Quel homme ?
— Celui qui portait la veste noire. Il suivait ce jeune homme depuis un moment.
Peu à peu, les événements commencèrent à prendre sens.
Henri expliqua que, lorsque je l’aidais avec sa valise près d’un petit escalier, quelqu’un s’était approché de moi par-derrière sans attirer mon attention. Pendant que j’étais concentré sur le vieil homme, l’inconnu avait glissé plusieurs objets volés dans la poche extérieure restée ouverte de mon sac.
Henri avait tout vu.
Au début, il n’avait pas compris la raison de ce geste. Mais il avait ensuite remarqué que l’homme en noir ne s’éloignait pas. Il continuait à nous suivre à distance.
L’un des policiers transmit aussitôt son signalement par radio.
Une dizaine de minutes plus tard, le suspect fut repéré près d’une autre porte d’embarquement.
Les agents de sécurité le recherchaient déjà : plusieurs voyageurs avaient signalé la disparition de leurs effets personnels dans l’aéroport.
Je m’effondrai sur le siège le plus proche.
Mes mains tremblaient encore.
— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit tout de suite ? demandai-je à Henri.
Le vieil homme se mit à rire.
— Parce que tu aurais immédiatement commencé à regarder autour de toi pour le retrouver. Il aurait compris que j’avais vu ce qu’il faisait et il aurait pris la fuite.
Je repensai à l’appel téléphonique.
— Et quand vous avez dit à la police : « Il est juste à côté de moi »…
Henri éclata de rire, plus franchement encore.
— Je ne parlais pas de toi. À ce moment-là, cet homme se trouvait presque juste derrière ton dos.
Cette fois, je me mis à rire moi aussi.

Quelques minutes auparavant, j’étais persuadé qu’un simple trajet vers mon domicile allait se transformer en l’une des pires journées de ma vie.
En réalité, ce vieil homme venait de m’éviter une situation dont il aurait été extrêmement difficile de me sortir.
Lorsque les policiers eurent terminé leurs questions et que tout fut définitivement éclairci, j’accompagnai malgré tout Henri jusqu’à sa porte d’embarquement.
Avant de rejoindre son avion, il me regarda soudain avec malice.
— Mathieu, accepterais-tu que nous prenions une photo ? Ma petite-fille ne croira jamais que son grand-père a appelé la police dans un aéroport et aidé à arrêter un voleur.
Nous prîmes le cliché ensemble.
Henri posa ensuite une main sur mon épaule et m’adressa un sourire chaleureux.
— Aujourd’hui, tu m’as aidé à porter ma valise. Je n’ai fait que te rendre la pareille.

Lorsque je rentrai enfin chez moi, un message d’Henri m’attendait déjà sur mon téléphone.
Il ne contenait qu’une seule phrase :
« Les gens bien se rencontrent parfois exactement au moment où ils ont le plus besoin les uns des autres. »
Je conserve encore cette photo aujourd’hui.
Pas parce qu’un événement terrible a failli m’arriver ce jour-là.
Je la garde parce que, durant tout le trajet dans l’aéroport, j’étais sincèrement convaincu d’être celui qui aidait un vieil homme fragile.
Alors qu’en réalité, depuis le début, c’était lui qui veillait sur moi.