— Mon Dieu… quel idiot tu peux être, murmura-t-elle. Tu aurais simplement pu me parler.
— J’avais peur, reconnut Julien. J’avais peur que la vérité détruise tout ce qu’on avait construit. Et finalement… la vérité était à l’opposé de tout ce que j’avais imaginé.
Il ne trouva rien d’autre à ajouter.
Antoine comprit qu’il n’avait plus rien à faire là. Il ouvrit l’armoire, récupéra la mallette médicale, adressa un bref signe de tête à Julien et sortit tranquillement du bureau en laissant les époux seuls.
Julien s’accroupit devant Claire et prit ses mains entre les siennes.
— Pourquoi tu ne m’as rien dit ? demanda-t-il. Pourquoi tu ne m’as pas expliqué que tu suivais un traitement pour essayer d’avoir un enfant ? Pourquoi tu as voulu supporter tout ça toute seule ? J’aurais compris, Claire.
Elle baissa les yeux.
Les larmes se mirent alors à tomber sans retenue.
— Parce que tu te serais immédiatement inquiété, répondit-elle. Tu aurais cessé de manger correctement, tu n’aurais plus dormi et tu n’aurais pensé qu’à ça, même au travail. Tu m’aurais emmenée chez les meilleurs spécialistes à Paris. Tu aurais été capable de vendre notre appartement et de donner jusqu’au dernier centime aux cliniques. Et si malgré tout ça, ça n’avait pas marché ? Je ne voulais pas voir ta déception. Je voulais venir vers toi seulement quand j’aurais enfin une bonne nouvelle certaine à t’annoncer.
Julien porta doucement les mains de sa femme à ses lèvres.
Puis il embrassa avec précaution les marques laissées sur ses avant-bras.

— À partir d’aujourd’hui, tu ne traverseras plus jamais ça seule, déclara-t-il. Si tu veux continuer le traitement, alors on le continuera ensemble. S’il faut que tu te changes plusieurs fois par jour, je t’achèterai cent ensembles s’il le faut et je les laverai moi-même tous les soirs. Et écoute-moi bien, Claire : que ça fonctionne ou non ne changera jamais ce que tu représentes pour moi. Tu es déjà ma famille. Tu es toute ma vie.
Elle ne put se retenir davantage.
Claire éclata en sanglots et enfouit son visage contre son épaule. Julien passa lentement une main dans ses cheveux en sentant son corps trembler contre le sien.
Pour la première fois depuis des mois, quelque chose s’apaisa réellement en lui.
Une semaine plus tard, Julien demanda lui-même à Antoine de lui expliquer précisément comment se déroulaient les différentes étapes du traitement. Il prit ensuite rendez-vous avec un spécialiste de la fertilité et passa les examens nécessaires, sans encore en parler à Claire. Cette fois, il ne voulait plus être celui qu’il fallait protéger de l’inquiétude. Il voulait être prêt, comprendre ce qui les attendait et devenir pour sa femme un véritable soutien.
Trois mois passèrent.
Un soir, Claire s’approcha de lui sans parvenir à parler. Ses mains tremblaient.
Elle lui tendit simplement un test.

Deux lignes étaient apparues.
Julien resta longtemps à le regarder, comme s’il avait peur qu’en clignant des yeux elles puissent disparaître. Puis il posa le test, prit sa femme dans ses bras et la serra contre lui.
— Je le savais, murmura-t-il enfin. J’ai toujours su qu’on finirait par y arriver.
À partir de cette époque, Julien continua à laver lui-même les sous-vêtements tachés presque chaque jour.
Mais lorsqu’il les déposait désormais dans la machine, il ne ressentait plus ni jalousie, ni peur, ni soupçon.
Il n’y avait plus que de l’amour.
Un amour immense qui, pendant quelques semaines, avait été rendu aveugle par la crainte de perdre l’être le plus cher à ses yeux, mais qui avait enfin appris à regarder la vérité en face.