Claire remit aussitôt tous les documents à Maître Moreau.
L’avocate examina attentivement le relevé et observa que la précipitation de Philippe risquait de se retourner contre lui.
Le transfert d’une somme aussi importante, effectué juste avant une séparation, laissait une trace précise. En outre, l’opération avait été réalisée sans que Claire en soit informée, et la raison invoquée par Philippe devait encore être prouvée.
Par ses propres actes, il avait donc créé les éléments que son épouse pourrait utiliser devant le tribunal.
Mais un nouveau danger apparut bientôt.
Un soir, Philippe aperçut la carte de visite de l’avocate posée sur la commode.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-il d’un ton méfiant en la prenant.
Claire comprit qu’elle devait surtout éviter de révéler ses véritables intentions.
Elle prit une expression inquiète et expliqua qu’après leur conversation sur une éventuelle vie séparée, elle avait commencé à se préoccuper de son avenir.
— J’ai simplement eu peur, Philippe. Si nous divorçons, tu pourrais me laisser sans logement. Il faut bien que je sache où je pourrais vivre.
Son mari sourit avec soulagement.
Cette réponse semblait correspondre exactement à l’image qu’il se faisait d’elle.
Avec une condescendance à peine dissimulée, il lui assura qu’il n’avait aucune intention de la mettre dehors et qu’il était prêt à lui laisser l’appartement. À ses yeux, cette promesse devait suffire à faire passer son comportement pour généreux.
Claire le remercia sans prolonger la conversation.
Pourtant, quelques jours plus tard, le montage soigneusement préparé par Philippe commença à s’effondrer.
Ce soir-là, il rentra avec le visage fermé.
Dans sa main, il tenait une notification judiciaire. Le document indiquait qu’à la demande de Claire, une procédure de partage des biens communs avait été engagée et que des mesures provisoires bloquaient les fonds encore présents sur le compte d’épargne.
Philippe ne pouvait plus disposer librement de l’argent.
Au tribunal, les sommes transférées à sa mère furent finalement prises en compte
Après avoir lu la notification, Philippe comprit qu’il ne servait plus à rien de continuer à jouer la comédie.
Il déclara ouvertement à Claire qu’il voulait divorcer. Il tenta néanmoins de se présenter une nouvelle fois comme un homme correct, prêt à lui laisser l’appartement par générosité et à ne pas réclamer la totalité des biens.
Cette fois, Claire ne participa pas à son mensonge.
Elle lui annonça calmement qu’elle savait depuis longtemps qu’Élodie existait.
Philippe devint livide.
Claire lui rappela alors l’appel téléphonique entendu cette nuit-là sur le balcon. Elle lui expliqua qu’elle avait entendu non seulement ses déclarations à sa maîtresse, mais aussi le plan détaillé visant à transférer leurs économies communes sur le compte de sa mère.
C’était pour cette raison qu’elle n’avait pas provoqué de scandale, qu’elle ne l’avait pas supplié de rester et qu’elle n’avait posé aucune question inutile.
Elle lui fit comprendre qu’elle ne chercherait pas à empêcher le divorce, mais qu’elle entendait récupérer intégralement la part qui lui revenait légalement dans leurs économies.
Philippe resta sans voix.
Jusqu’au dernier moment, il avait cru que sa femme ne soupçonnait rien et qu’elle agirait exactement comme il le souhaitait. Il découvrait maintenant qu’elle avait passé tout ce temps à protéger ses intérêts avec sang-froid.
La situation fut définitivement clarifiée lors de l’audience.
Le représentant de Philippe soutenait que seuls les neuf cent mille euros encore présents sur le compte bloqué devaient être partagés entre les époux.
Quant aux sept cent mille euros versés à la mère de Philippe, la défense prétendait qu’il s’agissait d’un don volontaire destiné à aider un proche.
Selon cette version, il aurait été injustifié d’inclure cette somme dans le patrimoine familial à partager.
Mais Maître Moreau s’était préparée à cette argumentation.
Elle produisit les relevés bancaires, rappela la date exacte du virement et souligna l’absence totale de preuve concernant les travaux annoncés.
— Si le défendeur affirme avoir donné une telle somme à sa mère pour un cadeau ou pour refaire sa toiture, où sont les justificatifs ? demanda-t-elle. Existe-t-il un acte de donation ? Des devis, des factures, un contrat avec une entreprise ou des reçus pour les matériaux ? Rien ne prouve que les travaux aient réellement été réalisés. En revanche, nous disposons d’une opération bancaire effectuée seulement quatorze jours avant le dépôt de la demande de divorce. Cet argent appartenait aux deux époux et Claire n’a jamais donné son accord pour ce transfert.
L’avocate rappela qu’il ne s’agissait pas d’une petite aide familiale versée pour faire face à une dépense ordinaire, mais d’une part considérable de l’épargne constituée par le couple pendant de nombreuses années.
Elle insista également sur le moment choisi par Philippe : il avait effectué le virement alors qu’il préparait déjà la fin de son mariage.