Et surtout, chaque nouvelle opération était désormais enregistrée avec une attention particulière.
Claire attendait déjà mon appel.
Je la contactai.
— Il a commencé à retirer l’argent.
— Nous le voyons.
— Il a déjà pris presque la moitié.
— Il ne pourra plus vider le reste en une seule fois.
Je fermai les yeux.
— Il m’a envoyé un message.
— Qu’est-ce qu’il a écrit ?
Je le lui lus.
Claire resta silencieuse.
— Au moins, il ne pourra pas prétendre plus tard que rien de tout cela n’a eu lieu, finit-elle par dire.
⸻
Pendant ce temps, Julien se trouvait déjà à l’aéroport.
Je le compris en lisant son message suivant.
Un peu plus tard, un autre arriva :
« N’essaie pas de m’appeler. »
Je ne répondis pas.
Puis il écrivit :
« De toute façon, tu ne changeras rien. »
Je gardai encore le silence.
Dix minutes plus tard :
« Je mérite bien un peu de bonheur. »
Je regardai ces mots.
Et, pour la première fois de la journée, je ne ressentis plus de douleur.
Seulement du froid.
Parce que je venais de comprendre que Julien n’avait plus l’intention de revenir à notre ancienne vie.
Dans sa tête, tout était déjà terminé.
Il n’avait simplement pas jugé nécessaire de me l’annoncer.
⸻
Quelques heures plus tard, Claire m’appela.
— J’ai des nouvelles.
— Lesquelles ?
— Certaines opérations ont été suspendues en attendant une confirmation. Mais il y a autre chose.
— Quoi donc ?
— L’argent qu’il a réussi à sortir n’a pas été envoyé sur un compte personnel.
— Alors où est-il allé ?
— Sur un compte lié à la réservation du voyage.
Je ne dis rien.
— Un deuxième nom apparaît dans les documents.
— Camille ?
— Oui.
Je sentis alors les dernières pièces du puzzle se mettre en place.
Je n’avais plus de simples impressions.
Plus de soupçons.
J’avais des preuves.
Les billets.
Les mouvements bancaires.
Les messages.
Et le nom d’une autre femme.
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Julien m’appela dans la soirée.
Je décrochai.
— Qu’est-ce que tu as fait ?
— De quoi parles-tu ?
— La banque a bloqué l’opération.
— Peut-être parce qu’elle a été jugée inhabituelle.
— Ne fais pas semblant de ne pas comprendre !
Je me tus.
— Tu savais ?
— Je savais quoi ?
— Pour l’argent.
— Bien sûr que je savais.
Il respirait bruyamment.
— Tu n’avais pas le droit !
Je laissai échapper un rire bref.
— C’est assez amusant de t’entendre dire ça après t’avoir vu essayer de prendre notre argent ce matin.
— Je te rendrai tout !
— Quand ?
— Je te l’ai dit, je rendrai tout.
— Après tes vacances ?
Un silence s’installa.
— Élodie…
— Réponds seulement à une question.
— Laquelle ?
— Camille sait-elle qu’une partie de cet argent m’appartient ?
Il ne répondit pas.
Et ce silence fut largement suffisant.
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Le lendemain, une femme que je ne connaissais pas m’appela.
— Bonjour.
Je reconnus immédiatement sa voix.
— Camille ?
— Oui.
— Que voulez-vous ?
Elle resta silencieuse quelques secondes.
— Je ne savais pas que votre situation était aussi grave.
— Qu’est-ce que vous saviez exactement ?
— Julien m’a dit que vous viviez séparément depuis longtemps.
Je fermai les yeux.
— Nous vivions encore ensemble hier.
— Il prétendait que vous étiez pratiquement divorcés.
Je ne répondis rien.
— Il m’a aussi dit que l’appartement allait être vendu.
— Quel appartement ?
— Le vôtre.
Le froid revint envahir mon corps.
— Camille, saviez-vous qu’il comptait prendre l’argent ?
— Non.
— Les billets ont été payés avec notre compte commun.
— Je pensais que c’était son argent.
Je posai la main sur la table.
— Maintenant, vous le savez.
— Oui.
Elle soupira lourdement.
— Je ne resterai pas avec lui.
Je ne répondis pas.
Je n’éprouvais pas de compassion pour elle.
Mais je ne ressentais pas non plus de haine.
Parce que l’homme qui avait détruit notre mariage, c’était Julien.
Il aurait pu dire la vérité.
Il aurait pu partir honnêtement.
Il aurait pu demander le divorce.
Il aurait pu m’avouer qu’il ne m’aimait plus.
Mais il avait choisi le mensonge.
Et l’argent.
⸻
Une semaine plus tard, Julien revint.
Seul.
Une valise à la main.
Il avait l’air épuisé.
Il resta sur le seuil, à me regarder.
— Est-ce qu’on peut parler ?
— Oui.
Il entra et s’assit.
— J’ai tout gâché.
Je gardai le silence.
— Camille est partie.
Je ne dis toujours rien.
— Elle a découvert que je t’avais menti.
— Et alors ?
— Elle a dit qu’elle ne voulait pas être responsable de notre divorce.
Je hochai lentement la tête.
— Et toi, qu’est-ce que tu veux ?
Il me regarda.
— Tout récupérer.
— Quoi exactement ?
— L’argent.
— L’argent, c’est le plus facile à rendre.
Il baissa les yeux.
— Et toi ?
Je ne répondis pas.
— J’ai compris que…
— Non.
Il releva la tête.
— Quoi ?
— Tu n’as pas compris ce que tu crois.
— Qu’est-ce que j’ai compris, alors ?
— Tu as compris que tu avais perdu une vie confortable.
Julien pâlit.
— Ce n’est pas vrai.
— Alors pourquoi ne m’as-tu pas parlé avant d’acheter ces billets ?
Il resta muet.
— Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu ne m’aimais plus ?
Le silence s’étira entre nous.
— Pourquoi as-tu décidé de prendre notre argent ?
Il ne trouva rien à répondre.
— Voilà.
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