Puis, très lentement, elle versa le contenu sur son pantalon.
— C’est pour avoir décidé que j’étais une chose, dit-elle. Tu te trompes si tu crois que l’argent te donne le droit de maltraiter les gens. Tu as de la richesse et des relations influentes. Moi, j’ai un mari. Mais surtout, j’ai encore ma propre dignité.
Elle reposa la coupe vide sur la table et rejoignit Julien.
Il la regarda avec fierté, avec cette tendresse ancienne qui n’avait jamais complètement disparu.
Lorsqu’ils sortirent du restaurant, Claire put enfin respirer librement pour la première fois de la soirée.
— Alors, tu m’as retrouvée, murmura-t-elle.
— Je n’ai jamais cessé de te chercher.
— Je ne voulais pas devenir un poids pour toi.
Julien eut un sourire triste.
— Un poids ? Claire, tu étais la seule personne qui me rappelait pourquoi je construisais tout cela. L’argent, les entreprises, les contrats… Rien de tout ça n’avait de sens sans toi.
Elle s’immobilisa.
— Et maman ?

— Elle nous attend, répondit-il. J’ai déjà parlé aux médecins. Une chambre l’attend dans une excellente clinique. Et j’ai acheté une maison tout près, pour que tu puisses lui rendre visite chaque jour.
Claire le regarda, bouleversée.
— Comment savais-tu où me trouver ?
— Je le savais depuis longtemps, avoua Julien. Mais je pensais que si je forçais la porte de ta vie, tu disparaîtrais encore. Alors j’ai attendu que tu sois prête à accepter de l’aide.
Il posa délicatement la main sur sa tête.
— Ce ne sont que des cheveux. Ils repousseront.
— Et ce qui s’est passé aujourd’hui ?
— Cela ne disparaîtra pas immédiatement, répondit-il avec sincérité. Mais tu n’auras plus à affronter tout cela seule.

Claire se blottit contre lui.
— Nous nous étions promis que si nous nous retrouvions, nous ne nous laisserions plus jamais partir.
— Je m’en souviens. Et je tiendrai cette promesse.
Ils montèrent dans la voiture.
Alors que le restaurant disparaissait peu à peu dans le rétroviseur, Claire sourit pour la première fois de toute la soirée.
Elle comprit une chose essentielle : parfois, il ne faut pas attendre passivement que quelqu’un vienne nous sauver.
Mais lorsqu’une personne n’a jamais cessé de nous aimer, il faut aussi avoir le courage de lui permettre de rester près de nous.