Camille ne répondit pas.
— À propos des enfants.
— Je m’en souviens.
Sophie détourna les yeux.
— Je n’aurais pas dû.
Ce ne fut pas une longue excuse soigneusement préparée.
Mais cela suffit à Camille.
— Non, tu n’aurais pas dû, confirma-t-elle.
Sophie hocha la tête.
— Merci de continuer à être gentille avec les garçons.
Camille regarda Lucas et Hugo qui enfilaient leurs chaussures.
— Ils n’y sont pour rien.
Quand la porte se referma, Julien passa ses bras autour de sa femme par-derrière.
— Tu sais ce que j’ai compris ?
— Quoi ?
— J’ai toujours cru qu’un bon fils et un bon frère devaient répondre oui à leur famille.
— Et maintenant ?
Il sourit.

— Maintenant, je crois que le mot le plus honnête qu’on puisse parfois dire à ceux qu’on aime, c’est non.
Camille regarda autour d’elle.
La table de la cuisine.
Le canapé débarrassé des cartons qui ne leur appartenaient pas.
Les tasses abandonnées après le dîner.
La maison n’était pas devenue vide.
Au contraire.
Les visiteurs revenaient, les rires d’enfants aussi, avec leurs jouets éparpillés dans les pièces.

Mais, désormais, rien de tout cela ne lui était imposé au nom d’un lien familial ou de la personne qui criait le plus fort.
Tout arrivait par affection.
Camille comprit enfin quelque chose de très simple.
Les limites ne détruisent pas une famille.
Elles révèlent l’endroit où s’arrête le devoir et où commence le respect.
Un vrai foyer n’est pas celui où personne n’ose jamais dire non aux proches.
C’est celui où votre non est entendu — et où, malgré tout, les liens restent solides.