Je n’étais que sa secrétaire depuis huit mois lorsque le directeur général de 74 ans verrouilla la porte de son bureau et me lança : « À partir de maintenant, vous ne devrez parler à personne de ce qui va se passer ici. » Le lendemain matin, son avocat m’appelait déjà. 😱💔

Je restai immobile.

Les larmes me montèrent aux yeux.

Mais ce n’était pas de la peur.

C’était la colère qui me brûlait la gorge.

— Vous n’avez pas le droit de me parler comme ça !

Henri inspira profondément.

— Vous avez probablement raison.

Sans ajouter un mot, il alla jusqu’à la porte et déverrouilla la serrure.

— Vous pouvez rentrer chez vous.

Je ne répondis pas.

Je pris mon sac et quittai précipitamment les bureaux.

Cette nuit-là, je ne parvins pas à fermer l’œil.

Les mêmes pensées angoissantes tournaient sans cesse dans ma tête.

Devais-je appeler la police ?

Fallait-il démissionner dès le lendemain ?

Ou valait-il mieux attendre le lundi et essayer de comprendre ce qui venait réellement de se passer ?

Je ne savais pas ce que mon patron âgé cherchait à obtenir, ni pourquoi il avait choisi de me parler seul à seule, après le départ de tous les employés.

Le lendemain matin, à neuf heures dix précises, mon téléphone sonna.

Un numéro inconnu s’afficha sur l’écran.

— Mademoiselle Martin ?

— Oui, je vous écoute.

— Je m’appelle Maître Julien Moreau. Je suis l’avocat de monsieur Delorme. Il faudrait que vous veniez à mon cabinet aujourd’hui, avant onze heures.

Je sentis tout mon corps se glacer.

— Pour quelle raison ?

L’homme garda le silence quelques secondes.

— Monsieur Delorme m’a chargé de vous remettre certains documents.

À ce moment-là, je fus convaincue que ma carrière dans l’entreprise était terminée.

On allait certainement me licencier.

Ou peut-être me faire signer un accord de confidentialité afin de m’empêcher de parler de la scène de la veille.

À onze heures précises, je me trouvais dans le cabinet de l’avocat.

Maître Moreau était assis face à moi, derrière un large bureau.

Soudain, il déposa devant moi un objet que je reconnus immédiatement.

L’enveloppe noire.

La même que celle qu’Henri avait sortie de son armoire.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Ouvrez-la. Vous comprendrez peut-être.

Je déchirai soigneusement l’enveloppe.

Je m’attendais à y trouver une confession embarrassante, une proposition personnelle incompréhensible ou une lettre aux intentions douteuses.

Mais il n’y avait rien de tout cela.

Aucune déclaration sentimentale.

Aucun message déplacé.

À la place, l’enveloppe contenait une épaisse série de documents professionnels.

Des rapports financiers.

Des relevés de virements bancaires.

Des dossiers internes de l’entreprise.

Et, posé au-dessus du reste, un document officiel portant sur une nomination.

Mon nom y était inscrit.

Je levai les yeux vers l’avocat, complètement déconcertée.

— Je suis désolée, mais je ne comprends absolument rien.

Maître Moreau joignit calmement les mains sur le bureau.

— Depuis près de six mois, monsieur Delorme soupçonne deux de ses fils de détourner illégalement de l’argent des comptes de l’entreprise. Il a fini par ne plus faire confiance à presque personne, y compris aux membres de sa propre direction.

— Quel rapport cela a-t-il avec moi ?

— Pendant huit mois, il a vérifié si vous étiez digne de confiance.

Je le regardai, abasourdie.

— Vérifié ? De quelle manière ?

— On vous a volontairement confié des dossiers confidentiels, puis on a observé si vous les transmettiez à des personnes extérieures. Une situation a également été organisée afin de vous proposer une somme d’argent supplémentaire, pour voir si vous accepteriez. En outre, monsieur Delorme surveillait attentivement ce que vous racontiez aux autres employés au sujet de vos conversations privées avec lui.

Je me levai brusquement.

Une colère profonde me saisit.

— Donc, pendant tout ce temps, j’ai servi de cobaye ?

— Dans les faits, oui, reconnut l’avocat. Et, si vous voulez mon avis, monsieur Delorme a employé des méthodes particulièrement maladroites.

Il fit glisser un autre document dans ma direction.

— Cependant, hier soir, votre patron a pris sa décision définitive.

Je baissai les yeux vers la feuille.

Le titre du poste était inscrit en toutes lettres :

« Directrice de la confiance et de la conformité de l’entreprise ».

Je relus l’intitulé plusieurs fois.

Le salaire proposé représentait presque trois fois celui que je percevais jusqu’alors.

Le document prévoyait également ma nomination au conseil interne de surveillance de la société.

Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais.

— Vous êtes en train de plaisanter ?

L’avocat secoua la tête.

— Non, mademoiselle Martin. Tout est parfaitement sérieux.

C’est à cet instant que la porte s’ouvrit.

Henri Delorme apparut sur le seuil.

Mais, pour la première fois depuis huit mois, je ne vis pas devant moi le dirigeant redouté d’un empire de la construction.

Je vis seulement un homme très âgé, épuisé, qui semblait porter le poids de plusieurs années sur ses épaules.

Ses traits étaient tirés, comme s’il n’avait pas dormi de la nuit.

Je me tournai aussitôt vers lui.

— Vous m’avez terrorisée hier soir !

Henri ne chercha même pas à se défendre.

— Je le sais.

— Vous m’avez fait croire que vos intentions étaient totalement inacceptables !

— Je le sais aussi, Élodie.