« Je ne peux plus vivre avec une retraitée », m’a lancé mon mari en faisant sa valise — puis, onze mois plus tard, il est revenu me demander de l’argent et un nouveau service

Puis elle se mit soudain à rire doucement.

— Je ne sais même pas quoi dire. Tu n’avais jamais été aussi ferme avant.

Nous continuâmes à parler un peu.

De son travail.

Du temps qu’il faisait dans sa ville.

De choses parfaitement ordinaires.

Mais cette conversation ne régla pas le conflit.

Elle le repoussa seulement pendant quelques minutes.

Il restait un problème : le mariage de Sophie devait avoir lieu le lendemain, et elle n’avait toujours pas trouvé de décorateur.

Trois mois supplémentaires passèrent.

Laurent ne me remboursa toujours pas.

Pas un seul euro.

Il ne m’appela même pas pour m’expliquer une nouvelle fois pourquoi il ne pouvait pas encore régler sa dette.

Finalement, l’amie d’Élodie dut décorer son propre mariage avec l’aide de sa famille et de ses amis.

Tout fut fait dans l’urgence.

Certaines décorations furent achetées au dernier moment dans un supermarché proche.

Une connaissance que nous avions en commun me raconta ensuite ce qui s’était passé.

J’appris également qu’Élodie me présentait désormais à son entourage comme « cette fameuse ex-femme dont le caractère s’est détérioré avec l’âge ».

Laurent, lui, ne me parle presque plus.

Parfois, il fait passer un message par notre fille.

Quant à moi, je dors paisiblement.

Pour la première fois depuis trente ans, je me couche sans repasser dans ma tête les demandes, les problèmes et les attentes des autres.

Ai-je dépassé les limites en refusant de sauver ce mariage à seulement deux jours de la cérémonie ?

Ou avais-je enfin parfaitement le droit de dire non à un homme qui, depuis près d’un an, ne me rendait pas trois cent quarante mille euros et qui attendait encore de moi de l’aide, des réductions et de la compréhension — tout ce qu’il n’avait jamais été capable de m’offrir lui-même ?