— Sophie ne répond même plus à mes appels.
— C’est votre problème.
— Tu m’as ridiculisé.
— Tu as amené une autre femme dans la maison de ton épouse en prétendant en être le propriétaire. Je n’ai fait que rétablir les faits.
— Pour toi, les papiers comptent plus que la famille.
— Notre famille s’est terminée bien avant que nous parlions des documents.
Cette nuit-là, Antoine dormit dans la chambre d’amis.
Le lendemain matin, il partit sans prendre de petit-déjeuner.
Claire appela un serrurier et fixa le remplacement du cylindre pour la fin de la semaine.
Il n’était pas nécessaire de changer toute la porte. Un nouveau mécanisme suffirait pour rendre inutilisables les anciennes clés.
Ensuite, elle commença à rassembler les affaires de son mari.
Sans colère.
Avec méthode et calme.
Elle rangea ses vêtements dans des cartons.
Elle emballa séparément ses documents et son matériel électronique.
Elle établit une liste des outils qui se trouvaient dans le garage.
Quant aux objets dont la propriété risquait de provoquer une dispute, elle n’y toucha pas.
Le lendemain, Antoine lui écrivit qu’il logerait quelque temps chez un ami.
Claire répondit que ses affaires seraient prêtes samedi.
— Tu me mets réellement dehors en une semaine ?
— Je te demande de partir après ton infidélité et après que tu as essayé de disposer de ma maison.
— Tu aurais pu me laisser davantage de temps.
— Tu ne m’as pas laissé le temps de me préparer à l’arrivée de Sophie.
Vendredi, Antoine revint accompagné d’un ami.
Ils portèrent les cartons presque sans parler.
À plusieurs reprises, Antoine sembla vouloir dire quelque chose, puis se ravisa.
Lorsque tout fut chargé, il s’attarda près de la terrasse.
— C’est moi qui l’ai construite.
— Tu as aidé à la construire.
— Nous avons été heureux ici, autrefois.
— Oui.
— Cela ne signifie donc plus rien pour toi ?
— Si. Mais le passé ne change pas le présent.
— Tu aurais pu me pardonner.
— Chaque jour où tu rentrais ici en me cachant la vérité, tu avais la possibilité de parler.
— J’avais peur.
— De perdre la maison ?
Antoine ne répondit pas.
Après son départ, le serrurier remplaça la serrure.
L’intervention dura à peine vingt minutes.
Claire reçut les nouvelles clés, vérifia la porte et ressentit, pour la première fois depuis des mois, une paix véritable.
Antoine ne pouvait plus entrer sans son autorisation.
Le lundi suivant, Claire engagea officiellement la procédure de divorce.
Après cela, son mari l’appela presque tous les jours.
Au début, il exigea un partage équitable des biens.
Puis il revint sur les sommes qu’il disait avoir investies.
Plus tard, il commença à présenter ses excuses.
— Sophie m’a quitté, avoua-t-il un jour.
— Je suis désolée.
— Elle a dit qu’elle ne pouvait pas faire confiance à un homme capable de mentir à ce point.
— Je la comprends.
— Ça te fait plaisir ?
— Non.
— Je ne te crois pas.
— Sa décision ne me concerne pas.
— En une seule journée, j’ai tout perdu.
— Non, Antoine. Tu as tout détruit pendant des mois. Ce jour-là, les conséquences sont simplement devenues visibles.
Antoine lui proposa plusieurs fois de se voir.
Claire n’accepta qu’une seule rencontre.
Ils se retrouvèrent dans un petit café du centre-ville.
Son ancien mari avait l’air épuisé.
En quelques semaines, il avait maigri et ne portait plus la montre coûteuse dont il était autrefois si fier.
— J’ai loué un appartement, dit-il.
— C’est bien.
— Il est très petit.
— Tu en trouveras un autre plus tard.
— Je pense sans arrêt à la maison.
— Avec le temps, tu y penseras moins.
— Pour moi, elle a toujours été la nôtre.
— Dans la vie quotidienne, peut-être. Juridiquement, elle m’a toujours appartenu.
— Je ne m’y suis jamais senti comme un invité.
— Tu n’en étais pas un.
— Alors pourquoi m’en as-tu chassé si facilement ?
— Parce que tu avais cessé d’être mon mari depuis longtemps.
Antoine baissa les yeux.
— J’ai vraiment dit à Sophie que la maison était à moi.
— Je sais.
— Je voulais paraître plus important.
— Devant la femme avec laquelle tu prétendais commencer une nouvelle vie ?
— Elle avait des exigences élevées.
— Et tu as décidé d’y répondre avec ma propriété.
Il grimaça.
— Quand tu le présentes comme ça, c’est atroce.
— Parce que c’est exactement ce qui s’est passé.
— Je ne pensais pas que les choses iraient aussi loin.
— Tu l’as amenée choisir des meubles.
— C’est elle qui a proposé.
— Mais c’est toi qui l’as laissée entrer.
Antoine lui demanda encore de reprendre leur relation.
Il affirma que tout était terminé avec Sophie.
Il disait avoir compris ses erreurs.
Il promit une thérapie de couple.
Il jura qu’il ne mentirait plus jamais.
Claire l’écouta sans l’interrompre.
Six mois plus tôt, ces paroles auraient peut-être semé le doute dans son esprit.
Désormais, elles arrivaient trop tard.
— Pourquoi veux-tu revenir ? lui demanda-t-elle.
— Parce que je t’aime.
— Ou parce que Sophie est partie et que ton nouvel appartement est trop petit ?
Antoine fronça les sourcils.
— Tu essaies de m’humilier.
— Je pose simplement une question.