À présent, l’argent restait sur son compte.

Ce n’était pas une fortune, mais la différence était évidente.
Le réfrigérateur ne se vidait plus à une vitesse impossible. Les soirées étaient calmes. Par moments, le silence lui pesait et elle se surprenait à écouter les bruits du couloir, comme si Julien allait rentrer et demander ce qu’il y avait pour dîner.
Puis elle se rappelait les derniers mois.
Ce n’était pas l’homme qu’elle avait quitté qui lui manquait. C’était l’image de celui qu’elle avait cru rencontrer au début : un homme drôle, léger et attentionné, avec lequel elle s’était imaginé vieillir.
Le Julien réel était différent.
Il tenta encore de réclamer le téléviseur, l’aspirateur et une partie des meubles. Dans un long message, il expliqua qu’il possédait un « droit moral » sur ces objets parce qu’il les avait utilisés pendant un an.
Claire lut attentivement son texte.
Puis, pour la première fois, elle répondit :

« Tu peux mettre ton droit moral dans un troisième sac. Mais il faudra d’abord l’acheter avec ton argent. »
Il ne lui écrivit plus.
Les deux vieux sacs restèrent pour Claire le symbole exact de leur histoire. Julien était arrivé avec deux bagages, persuadé d’entrer dans une nouvelle vie. Il était reparti avec les mêmes.
Tout le reste n’avait existé que dans son imagination.
À force de profiter du confort des autres, il avait fini par croire que l’autorisation d’utiliser quelque chose équivalait à un droit de propriété.
Mais le confort n’est jamais un titre de propriété.
Et Claire avait enfin cessé de payer pour qu’un homme entretienne cette confusion.