Selon les enquêteurs, Caron avait voulu provoquer un crash afin de faire disparaître, avec l’avion, toutes les preuves de ses activités criminelles.
Mais une vérité bien plus intime et douloureuse finit par émerger.
Le même sous-traitant de la défense, lié aux agissements de Caron, avait autrefois fourni du matériel défectueux à l’unité où Claire servait.
Ces équipements étaient directement impliqués dans l’accident qui avait coûté la vie à Julien.
Pendant dix-huit mois, Claire avait porté une faute qui ne lui appartenait pas.
Plus tard, les enquêteurs retrouvèrent les dernières données enregistrées par la boîte noire de l’appareil de Julien.
Les enregistrements confirmèrent que son avion avait subi une défaillance mécanique critique.
Claire avait fait tout ce qui était humainement possible.
Elle n’était pas responsable de sa mort.
Quelques semaines plus tard, Claire se rendit chez la mère de Julien.
— J’avais l’impression de l’avoir abandonné là-bas, murmura-t-elle. Dans ce passé où je n’arrivais plus à retourner.
La vieille femme la prit longuement dans ses bras.
— Tu ne l’as jamais abandonné. Tu l’as porté dans ton cœur pendant tout ce temps. Mais tu n’as pas à renoncer à vivre simplement parce que sa vie s’est arrêtée.
Ces paroles changèrent quelque chose en Claire.
Elle ne reprit pas son uniforme et ne retourna pas dans l’armée.
À la place, elle choisit de former de futurs pilotes.
Le premier jour de ses cours, elle posa son ancien casque de pilote de chasse sur le bureau, puis écrivit au tableau :

UN AVION SE MOQUE DE CE QUE VOUS ÉTIEZ AUTREFOIS.
Elle se retourna vers les élèves.
— La seule chose qui compte, c’est votre capacité à comprendre la situation, à prendre la bonne décision et à faire confiance aux personnes qui se trouvent à vos côtés.
Quelques mois plus tard, Claire reçut une lettre d’un garçon qui avait voyagé à bord du vol 412.
Il lui expliquait qu’il avait été terrifié ce jour-là.
Mais il se souvenait aussi de l’avoir vue avancer vers le cockpit. À un moment, elle lui avait adressé un sourire calme.
C’était précisément à cet instant qu’il avait cru, pour la première fois, qu’ils allaient survivre.
La lettre se terminait par une phrase très simple :

— J’ai décidé de devenir pilote.
Claire sourit.
Le jour même, elle se tenait au bord d’un aérodrome et regardait un avion-école s’élever toujours plus haut dans un ciel d’un bleu limpide.
Pour la première fois depuis la mort de Julien, elle ne vit pas seulement la douleur du passé en levant les yeux.
Elle aperçut aussi ce qui pouvait encore l’attendre.
Et, presque dans un souffle, elle murmura :
— Je suis rentrée chez moi.