Le richissime homme d’affaires avait renvoyé trente-sept nourrices… jusqu’à ce qu’une employée accomplisse enfin l’impossible auprès de ses six filles en guerre contre le monde

Ce matin-là, elle se préparait à prendre trois bus pour rejoindre son emploi habituel lorsqu’elle reçut un appel de l’agence avec laquelle elle travaillait parfois.

— Lucie, nous avons une urgence.

— Quel genre d’urgence ?

— Une grande maison dans un quartier chic. Le tarif est doublé. Le client a besoin de quelqu’un aujourd’hui.

Lucie jeta un regard aux factures posées sur la table.

— Doublé ? demanda-t-elle.

— Oui.

— Envoyez-moi l’adresse. Je peux être là dans deux heures.

Elle ignorait évidemment qu’elle se dirigeait vers une demeure endeuillée et vers six fillettes qui avaient déclaré la guerre au monde entier.

Deux heures plus tard, le taxi s’arrêta devant les hauts grilles en fer forgé de la villa des Morel. Lucie en descendit simplement vêtue d’un chemisier blanc et d’un jean usé. Elle portait un vieux sac à dos. Ses cheveux bouclés étaient retenus en un chignon improvisé, et ses yeux sombres semblaient tout observer sans la moindre trace de peur.

À l’étage, derrière une fenêtre, six paires d’yeux la surveillaient.

— Une nouvelle victime, murmura Camille d’une voix glaciale.

Les jumelles étouffèrent un rire.

— On verra combien de temps elle tiendra, souffla Alice.

Lorsque Lucie franchit le seuil, Thomas l’attendait dans son bureau. Il tenta de lui expliquer la situation, mais ne savait pas par où commencer.

— La maison a besoin d’un grand nettoyage, finit-il par dire. Et les filles traversent une période très difficile.

Lucie posa calmement son sac.

— L’agence m’a précisé que je venais uniquement pour le ménage, pas pour garder les enfants.

— Exactement, répondit Thomas. Rien de plus.