Thierry raconta plus tard cette rencontre lors d’un entretien radiophonique. Après une représentation de « L’Amour pour l’amour », il avait été présenté au roi Philippe III et à la princesse Éléonore. Il se souvenait qu’on l’avait placé tout au bout de la file, pendant la réception. Le souverain reconnut poliment, mais sans grande précision, l’avoir « vu à la télévision ». La réaction de la princesse, en revanche, fut impossible à oublier. Sa remarque spontanée sur l’influence du film montrait à quel point cette œuvre singulière avait résonné jusque dans les cercles royaux.
Quand le jeu d’acteur devient un peu trop vrai
Vous l’avez peut-être remarqué, surtout si vous connaissez le film par cœur : pendant la fameuse scène du dîner, Bernard Bouvier s’emporta réellement et frappa la table du poing. Malheureusement, la main de Claire Delaunay se trouvait exactement dessous. Sa réaction ?
Une douleur parfaitement authentique. Mais Claire prit ensuite, sans le vouloir, une petite revanche pendant la scène du « Grand Bal ». Avec son talon, elle écrasa le pied de Bernard. L’expression de souffrance captée par la caméra n’était pas jouée non plus. Une vengeance accidentelle, mais avec une élégance théâtrale difficile à égaler.
Le tournage eut lieu durant l’automne et l’hiver 1974 en France, principalement aux studios de Joinville et dans une vieille demeure de campagne baptisée le château de Montfaucon.
Le décor était, paraît-il, glacial, et il n’y avait même pas de salle de bains digne de ce nom. Bernard Bouvier, qui jouait Benoît Maréchal, raconta qu’il était continuellement trempé, car l’eau s’infiltrait partout dans le château. Toute l’équipe ne disposait que d’une seule « pièce chaude », équipée de radiateurs, pour se réchauffer. Et cette pièce finit réellement par prendre feu.
Lorsque Claire Delaunay fit part de ses inquiétudes, la direction du studio ne les prit pas au sérieux. Après avoir tourné dans une piscine vêtue d’un costume très léger, elle contracta une pneumonie. Romain Aubert se souvenait qu’elle « tremblait de fièvre » et qu’elle « aurait dû rester sous surveillance médicale ». Pourtant, elle refusa d’interrompre le travail. À l’écran, aucun spectateur ne devina l’épuisement de son corps ni la fragilité de son état.
Au passage, Bernard Bouvier et Claire Delaunay vécurent réellement une histoire pendant le tournage. Romain Aubert le révéla presque par hasard en 2013.
La scène qui aurait pu devenir presque entièrement nue
Claire Delaunay, qui interprétait Jeanne Vidal, l’héroïne sensuelle du film, apparaît à plusieurs reprises dans des tenues plus ou moins révélatrices. L’un des moments les plus célèbres de Jeanne reste son éveil au désir lorsqu’elle chante « Touche-moi, touche-moi » face à Pierre Hénault, alors mannequin.
« Pierre était évidemment le plus timide et le plus silencieux. Je crois que le simple fait de devoir jouer cette scène avec moi l’avait traumatisé », se rappela Claire.

Les producteurs voulaient qu’elle soit totalement nue pour cette séquence. Elle refusa, bien qu’elle eût déjà accepté des scènes de nudité dans d’autres films.
Ils espéraient également que Pierre Hénault se déshabillerait entièrement pour ce numéro devenu emblématique. Claire, elle, ne changea pas d’avis et ne retira jamais tout.
Sa prestation audacieuse attira néanmoins l’attention d’un célèbre magazine de charme, qui tenta pendant plusieurs années de la convaincre de poser nue. Lors d’un entretien accordé en 1991, elle résuma la situation ainsi : « Ils me poursuivent depuis Le Bal de l’Épouvante. »
Claire Delaunay ne veut pas toujours parler du film
Claire expliqua qu’elle n’avait jamais eu l’intention de passer une audition pour le rôle de Jeanne. Elle était simplement venue sur le plateau afin de rendre visite à son ami Thierry Caron.
Les producteurs la remarquèrent et lui demandèrent si elle accepterait de faire un essai. Ils avaient déjà entendu de très bonnes chanteuses, mais aucune ne semblait capable d’apporter au personnage de Jeanne l’humour nécessaire. Claire refusa d’abord, affirmant qu’elle n’aimait pas particulièrement chanter et que cela lui faisait même un peu peur.
On lui demanda alors si elle pouvait au moins interpréter « Joyeux anniversaire ». Elle accepta, et cela suffit à les convaincre. Ils apprécièrent sa prestation et l’invitèrent à poursuivre l’audition. Claire reconnut plus tard que tout s’était joué presque par hasard. Elle exprima aussi son amertume : aucun des acteurs ne toucha de pourcentage sur les ventes de DVD. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle préfère parfois ne pas évoquer le film.
Pluie ou illusion ?
Dans la scène du « Manoir du docteur Frémont », Jeanne protège sa tête de la pluie avec un journal. L’accessoire avait été recouvert d’une fine pellicule plastique afin de résister aux prises répétées sous l’eau.