Il continua longtemps à l’appeler, à lui envoyer des messages, et alla même voir sa mère. Mais Claire ne croyait plus un mot de ce qu’il disait. Leur mariage s’acheva dans un calme presque étrange : pas de cris, pas de scènes interminables, pas de tentative pour recoller quelque chose qui était fissuré depuis longtemps. Seulement des signatures au bas de documents et deux routes qui se séparaient.
Six mois plus tard, Claire et Monique étaient assises dans la cuisine, une tasse de thé devant elles. Leur relation était devenue encore plus tendre qu’avant. Elles passaient davantage de soirées ensemble et, peu à peu, l’histoire de Majorque commençait à entrer dans les anecdotes familiales.

— Tu sais, j’ai quand même commandé de nouvelles lunettes, annonça Monique en riant. Des verres progressifs, comme me l’avait conseillé l’ophtalmo. Maintenant, je vois tout le monde et je vois tout !
Claire sourit, mais une pointe de culpabilité lui traversa encore le cœur. Elle ressentait toujours ce pincement lorsque sa mère plaisantait au sujet de ses lunettes.
— Maman, ce jour-là, je…
— Chut, l’interrompit doucement Monique en posant sa main sur la sienne. On en a déjà parlé. Tu étais bouleversée. Je comprends.
La trahison de Julien avait laissé une blessure profonde. Il arrivait encore à Claire de se réveiller avec cette lourdeur dans la poitrine. Pourtant, le souvenir le plus douloureux restait parfois celui de ces trois jours durant lesquels elle avait soupçonné sa propre mère. Il lui avait suffi de quelques détails mal interprétés pour croire au pire au sujet de celle qui avait toujours été là.
— Tu sais ce que tout ça m’a appris ? demanda Claire en serrant un peu plus fort la main de sa mère. Quand on ne se dit pas les choses, l’imagination fabrique les scénarios les plus terribles. Et la confiance qu’on accorde à ceux qu’on aime, il ne faut pas la perdre, même lorsqu’on a l’impression que tout s’écroule autour de nous.
— C’est bien dit, ma chérie. Tu veux encore un peu de thé ?