L’un des points les plus discutés de toute cette affaire reste l’attitude des prisonnières elles-mêmes. Les versions les plus connues affirment qu’elles auraient presque aussitôt accepté de suivre le sergent français dans la forêt.
Les auteurs expliquent cela par la discipline militaire japonaise et par l’habitude culturelle d’obéir à celui qui détenait l’autorité immédiate.
Il est vrai que la discipline dans l’armée japonaise était extrêmement stricte. Les ordres se discutaient peu, et la rupture de la hiérarchie pouvait être perçue comme une faute très grave.
Mais il faut aussi se souvenir que ces femmes étaient déjà prisonnières, loin de chez elles, épuisées, placées dans des conditions extrêmes, après la fin d’un conflit qui avait bouleversé leur monde. Dire avec certitude comment elles auraient réagi, tant d’années plus tard, serait impossible.
Si l’on accepte, ne serait-ce qu’un instant, que cet épisode ait pu se produire, la question essentielle devient celle de la survie.
Les forêts reculées du nord de l’Indochine faisaient partie des milieux les plus éprouvants pour des personnes isolées. L’humidité y abîmait les vêtements, les pluies transformaient les chemins en bourbiers, les insectes et les maladies menaçaient constamment, et la nourriture ne se trouvait pas sans expérience.
Même aujourd’hui, un long séjour dans une région aussi difficile exige une préparation sérieuse, du matériel fiable, des moyens de communication, des médicaments et des réserves.
Les récits affirment que le petit groupe aurait réussi à récupérer une partie des provisions du camion, à installer un abri provisoire, puis à organiser progressivement une vie quotidienne rudimentaire.
En théorie, cela n’aurait été possible qu’avec des réserves importantes, des outils, des vêtements utilisables, des armes, quelques médicaments, et surtout la capacité de maintenir un feu, de trouver de l’eau potable et de reconnaître ce qui pouvait être consommé. C’est précisément pourquoi de nombreux chercheurs considèrent ce passage avec une grande méfiance.
Une autre question se pose immédiatement : comment un groupe, même réduit, aurait-il pu rester invisible pendant des années dans une zone où passaient parfois des chasseurs, des patrouilles, des villageois, des forestiers ou des groupes militaires?
La légende se charge peu à peu de détails.
À ce stade, le récit prend presque la forme d’un roman d’aventure. Selon certaines sources, la méfiance initiale entre le sergent et les anciennes prisonnières aurait laissé place, avec le temps, à une forme de confiance. Puis une petite communauté se serait constituée, coupée du monde extérieur.
Pourtant, aucun document d’archives, aucune photographie, aucun rapport officiel ne permet à ce jour de confirmer une telle évolution. C’est pourquoi beaucoup de spécialistes voient dans cette histoire davantage une légende historique bâtie autour de quelques réalités de l’après-guerre qu’un fait établi.
La suite du récit devient encore plus surprenante. D’après cette version, le petit groupe se serait transformé peu à peu en véritable hameau clandestin, resté à l’écart de la civilisation pendant près de vingt ans. Les femmes auraient appris à cultiver des légumes, à ramasser des plantes sauvages, à pêcher, à chasser, à entretenir des abris et à survivre avec des moyens presque inexistants.
Des cas d’isolement prolongé existent bel et bien dans l’histoire mondiale. Des familles, des soldats perdus ou des communautés entières ont parfois vécu loin des autorités durant plusieurs années. Mais ces situations se produisaient presque toujours près d’une rivière, d’anciens villages, de terres cultivables ou de zones de chasse relativement favorables. Ici, le récit parle d’une forêt dense, humide, difficile, marquée par un climat rude et par un environnement peu indulgent.
C’est pour cette raison que beaucoup jugent ce scénario peu vraisemblable sans accès régulier à des outils, à du sel, à des tissus, à des médicaments et à certaines réserves indispensables.
Pouvait-on vraiment vivre si longtemps loin de toute civilisation?
Cette question reste l’une des plus importantes. Même à notre époque, une vie autonome dans une forêt profonde demande des compétences exceptionnelles. Il faut trouver de quoi manger, purifier ou repérer l’eau, protéger les abris, conserver le feu, réparer les outils, éviter les blessures et se défendre contre les animaux.
La médecine aurait été un obstacle encore plus grave. Une blessure infectée, une fièvre tropicale, une inflammation ou un accouchement compliqué pouvaient rapidement tourner au drame en l’absence de soins. C’est pourquoi les spécialistes doutent qu’un groupe relativement nombreux ait pu survivre pendant près de deux décennies sans perdre une grande partie de ses membres.
La question des vêtements n’est pas moins problématique. Même les étoffes solides finissent par se déchirer, moisir ou s’user. Pour les remplacer, il faut du tissu, du cuir, des aiguilles, du fil et un véritable savoir-faire. Les récits qui circulent expliquent rarement comment ce problème aurait été résolu.