L’huissier lui a répondu sans hausser le ton :
— Le véhicule est immatriculé au nom de Madame Madeleine Durand. Une procédure d’exécution est en cours à son encontre pour recouvrement de dette. Ce bien fait l’objet d’une saisie.
Même depuis le cinquième étage, j’ai vu Marc devenir livide.
Il a tenté d’expliquer que c’était lui qui avait payé la voiture, il a montré des reçus, insisté, protesté. Mais juridiquement, cela ne changeait plus rien.
Sur les papiers, la propriétaire était sa mère.
Donc la voiture pouvait être saisie pour régler ses dettes.

Quelques minutes plus tard, la dépanneuse a emporté le véhicule neuf hors du parking de la résidence.
Marc est resté planté là, les clés dans la main — les mêmes clés qu’il avait cachées avec tant de satisfaction quelques jours plus tôt.
Quand il est remonté, il avait l’air complètement détruit. Il s’est mis à appeler sa mère, puis son frère, à crier, à jurer. Il a découvert que la banque avait gagné son procès depuis longtemps et que les huissiers attendaient simplement qu’un bien de valeur apparaisse au nom de Madeleine.
Et voilà que son fils prévoyant venait de leur offrir exactement ce qu’ils espéraient.
Ensuite, Marc m’a regardée avec des yeux perdus et a murmuré :
— Claire… il faut faire quelque chose. Prendre un avocat. Prouver que la voiture était à nous deux.
J’ai fermé calmement mon ordinateur et je lui ai répondu :
— Non, Marc. Elle n’était pas à nous. Tu l’as dit toi-même : “On ne sait jamais.” Eh bien voilà. On ne savait jamais.

Une semaine plus tard, j’ai demandé le divorce.
Six mois après, notre séparation était officiellement prononcée. La voiture a été vendue aux enchères pour rembourser les dettes de Thomas, et moi, grâce au tribunal, j’ai pu récupérer une partie de l’argent provenant de la vente de la maison de ma grand-mère, parce que j’avais conservé tous les documents.
Aujourd’hui, Marc prend le bus pour aller travailler, parle à peine à sa mère et à son frère, et se plaint sans cesse d’un “système injuste”.
Moi, pendant ce temps, je cherche une petite citadine confortable, à mon goût.
Et celle-là, bien entendu, je la mettrai uniquement à mon nom.
Parfois, je repense à son sourire satisfait et à cette phrase : “On ne sait jamais.”
Oui… la vie sait vraiment remettre chacun à sa place beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.