— Tu n’as pas seulement détruit notre amitié. Tu as détruit ma confiance en les gens. Je ne sais pas si je pourrai un jour te pardonner.
Dans la voiture qui filait sur la route de nuit, Élodie resta silencieuse, les yeux perdus dans les lumières qui glissaient derrière la vitre. Claire ne disait rien. Elle savait que son amie avait besoin d’espace, pas de phrases toutes faites.
— Tu sais ce qui me fait peur ? finit par murmurer Élodie. Pendant une seconde, je l’ai crue. J’ai douté de Thomas. De nous.
— C’est humain, répondit Claire avec douceur. N’importe qui aurait vacillé en entendant une chose pareille.
— Je n’aurais pas dû ! Élodie frappa son genou du poing. Je connais Thomas depuis quatre ans. Il ne m’a jamais donné une seule raison de douter de lui. Et il a suffi d’une accusation pour que je sois prête à croire à une trahison.
— Tu as été prise de court, dit Claire en posant une main sur son épaule. Ça va s’arranger. La vérité finit toujours par ressortir.

— Oui, dit Élodie avec un rire amer. Ma meilleure amie était prête à détruire mon bonheur pour sauver sa propre vie.
— Sandrine a commis quelque chose de grave, répondit Claire après un silence. Mais elle est seule, désespérée, avec un enfant, sans soutien…
— Tu la défends ? demanda Élodie, la colère rallumée dans ses yeux.
— Non, dit Claire fermement. J’essaie de comprendre. Ce n’est pas la même chose.
Le silence reprit toute la place dans l’habitacle. Le chauffeur alluma la radio à faible volume, et une mélodie douce se répandit entre elles sans parvenir à alléger la nuit.
— Je vais appeler Thomas.
Thomas décrocha. Il resta d’abord silencieux, comme s’il avait compris à la respiration d’Élodie que quelque chose s’était brisé. Puis il promit de la retrouver au lever du jour, dans le parc encore vide, pour parler ensemble et décider comment continuer à vivre après cette nuit-là.