« Je cherche une épouse sans vie commune : que ma maison soit propre, que le dîner soit prêt, mais qu’elle rentre dormir chez elle. Une nuit ensemble suffit »

« Moi, je parle d’un vrai mariage, pas d’un simple arrangement de concubinage ! » C’est presque toujours ce que je précise dès les premiers rendez-vous.

« Tu garderas ton appartement, mais chez moi, il faudra que tout soit en ordre. Où est le problème ? » Franchement, je n’arrive pas à comprendre ce qui choque tant.

« Et moi, qu’est-ce que j’y gagne ? » En général, c’est à cette question que tout s’arrête.

J’ai 51 ans. Je m’appelle Laurent. Je suis divorcé, mon fils est adulte et vit depuis longtemps de son côté. J’ai ma propre maison, avec un étage, un petit jardin et un garage. Je ne manque de rien. Je travaille, je suis stable, je gagne correctement ma vie, je ne bois pas, je ne fume pas. Et surtout, je suis prêt à me marier pour de bon. À la mairie, avec alliance, livret de famille, signature et tout ce qui va avec. Seulement, j’ai une condition qui me paraît parfaitement raisonnable : nous ne vivrons pas sous le même toit.

Pour moi, c’est une manière mûre, moderne et équilibrée d’envisager le couple. J’ai mon rythme, mes habitudes, mon espace. Je n’ai aucune envie qu’une femme s’installe en permanence chez moi, déplace mes affaires, change la disposition du salon et réclame chaque soir de longues discussions sur « notre relation ». Ce que je veux, c’est que mon épouse conserve son propre logement.

Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne doit pas se comporter comme une épouse. Elle viendrait plusieurs fois par semaine, préparerait de bons repas faits maison, veillerait à ce que la maison reste propre, et dormirait parfois avec moi. Une nuit par semaine, par exemple, me semble largement suffisante. Une relation calme, adulte, sans invasion du quotidien, sans tension inutile.

Je l’annonce presque toujours très tôt. Je n’aime pas faire perdre du temps aux autres, ni perdre le mien. Prenez mon dernier rendez-vous, par exemple. Claire, 46 ans, comptable, élégante, posée, une femme qui semblait réfléchir avant de parler. Nous étions assis dans un café, l’échange était agréable, alors j’ai été direct :

« Écoute, je cherche quelque chose de sérieux. Je veux une épouse officielle. Mais chacun gardera son chez-soi. Toi dans ton appartement, moi dans ma maison. Comme ça, il y aura moins de routine, moins de disputes. »

Elle a hoché la tête sans m’interrompre. Alors j’ai poursuivi :

« Ce qui compte pour moi, c’est que ma maison soit tenue correctement et qu’il y ait de vrais repas. Je travaille beaucoup. Une femme apporte de la chaleur dans un foyer. Tu viendrais cuisiner, remettre un peu d’ordre. Et on passerait une nuit ensemble chaque semaine, pour que le mariage ne devienne pas juste un papier administratif. »

Elle m’a regardé comme si je venais de lui proposer un poste de femme de ménage avec option conjugale le vendredi soir.

« Et moi, dans tout ça, qu’est-ce que j’obtiens ? » a-t-elle demandé d’une voix très calme.

Sur le moment, je suis resté décontenancé. Comment ça, ce qu’elle obtient ? Un mariage ! Une place ! Un homme fiable à ses côtés !

« Comment ça ? Tu serais mariée. Avec un homme stable, sérieux, à l’aise financièrement. Officiellement. »

C’est là qu’elle a eu un petit sourire.

« Laurent, j’ai déjà mon appartement. Je cuisine déjà pour moi. Je fais aussi mon ménage chez moi. Pourquoi est-ce que j’irais entretenir ta maison gratuitement en plus de la mienne ? »

Gratuitement. C’est ce mot-là qui m’a piqué le plus fort. Je n’étais pas un inconnu ramassé au coin d’une rue. Je serais devenu son mari. Son vrai mari, devant la loi.

Nous ne nous sommes plus revus.

La deuxième histoire a été encore plus révélatrice. Nathalie, 49 ans, divorcée elle aussi, avec une fille adulte. Nous nous sommes retrouvés dans un petit restaurant. Tout se passait plutôt bien jusqu’au moment où la conversation a glissé vers l’avenir.

« Je ne suis pas opposé au mariage, ai-je expliqué. Mais je veux un modèle raisonnable. Tu vis chez toi. Tu passes à la maison deux ou trois fois par semaine. Tu cuisines, tu ranges. De mon côté, j’assure, je paie les voyages qu’on fera ensemble, j’offre des cadeaux, enfin… tout ce qui se fait normalement. »

Au début, elle a cru que je plaisantais. Puis elle a compris que j’étais parfaitement sérieux. Et elle a éclaté de rire, franchement, sans même essayer de se retenir.

« Donc, en fait, tu cherches une épouse en prestation extérieure ? » m’a-t-elle lancé avec un sourire.

« Prestation extérieure ? Mais enfin, ça n’a rien à voir. Ce sont simplement des devoirs de femme mariée. »

« Des devoirs ? Laurent, et les tiens, ils consistent en quoi ? Dormir une fois par semaine et autoriser une femme à te préparer un pot-au-feu ? »

J’ai senti l’agacement monter en moi, lentement, mais sûrement.

« Une femme a besoin d’être mariée. C’est normal. À notre âge, vivre seul, excuse-moi, mais ça devient quand même étrange. »

À cet instant, elle a cessé de rire.

« Laurent, nous sommes en 2026. Le mariage n’est plus une assurance sociale depuis longtemps. Si ma vie me convient déjà, pourquoi est-ce que je la bouleverserais pour venir servir la tienne ? »