Le soir, elle écrivait dans son journal. Sans se plaindre, simplement :
Aujourd’hui, j’ai marché trois pâtés de maisons sans essoufflement.
Aujourd’hui, j’ai mangé une pomme entière.
Aujourd’hui, je n’ai pas pensé à lui.
L’automne.
Les feuilles tombaient. Claire s’acheta un manteau neuf, couleur bordeaux. La couleur de la vie, pas de la maladie.
Elle commença le yoga. Puis des cours de photographie. Et les samedis, elle allait à la bibliothèque.
La vie ne devint pas parfaite. Mais elle redevint la sienne.
Un soir, rentrant du travail, elle vit dans la vitrine d’un magasin une petite figurine de cheval en verre coloré.
Elle s’arrêta.
Depuis l’enfance, elle rêvait d’un cheval. Un cheval blanc aux crins comme des nuages. Ses parents riaient : On a une maison de campagne, pas un ranch ! Mais un jour, son père lui avait apporté une figurine en bois, rustique mais aux yeux bienveillants.
Claire entra dans le magasin et acheta le petit cheval de verre.
— C’est un symbole, dit la vendeuse. Liberté. Force. Vie.
— Je sais, sourit Claire.
L’hiver.
Marc appela en décembre.
— Claire, peut-on parler ?
Elle resta silencieuse.
— Je… je ne savais pas que c’était si grave. Je pensais que ce n’était qu’un rhume. Puis j’ai eu honte. Je ne savais pas comment revenir.
Elle regardait par la fenêtre. La neige, les lampadaires, le silence.
— Tu n’es pas revenu, Marc. Tu as disparu. Quand j’avais le plus peur, tu n’étais pas là.
— Je comprends. Pardon.
— Le pardon n’est pas quelque chose que l’on donne facilement. Il se mérite. Et tu n’as même pas essayé.
Il ne répondit pas.
— Tu me manques, murmura-t-il.
— Pas moi, répondit-elle. Je regrettais celui que tu aurais pu être. Mais tu étais quelqu’un d’autre.
Elle raccrocha.
Son cœur ne souffrait pas. Pas une goutte.
Le printemps.
Claire vendit ses vieux meubles, acheta du neuf. Elle adopta un chat noir aux yeux verts et l’appela Printemps.
Elle commença à écrire des histoires sur la maladie, les chevaux, les femmes qui apprennent à respirer à nouveau.
Sa mère venait chaque week-end. Elles buvaient du thé, riaient, regardaient de vieux films.
— Tu rayonnes, dit sa mère un jour.
— Vraiment ?
— Oui. Comme si la lumière brûlait à l’intérieur.
Claire sourit.
— Sans doute parce que je n’ai plus peur du noir.
L’été.

Elle partit à la campagne chez une amie d’enfance. Des champs, une rivière, une écurie.
Le premier jour, elle approcha un cheval alezan au souffle chaud et aux yeux doux.
— Puis-je ? demanda-t-elle au palefrenier.
— Monte. Mais n’aie pas peur.
Elle s’assit sur la selle. Le cheval partit. Le vent sur le visage, l’herbe sous les sabots, le ciel au-dessus.
Claire ferma les yeux.
Pour la première fois depuis longtemps, elle ressentit non seulement la vie, mais la liberté.
Épilogue.

Une année s’était écoulée.
Claire ne pensait plus à Marc. Sans haine, sans tristesse, simplement plus de pensée. Il était devenu un épisode. Douleur, obscurité, mais passé.
Elle ne chercha pas un nouvel amour. Mais elle ne le craignait pas non plus.
Elle vivait.
Et c’était sa véritable victoire.
Parfois, on est abandonné non parce qu’on ne mérite pas l’amour, mais parce qu’une autre personne ne sait pas être là quand c’est vraiment nécessaire. Et alors, on apprend à être là pour soi-même. Et cela suffit.
Elle posa le cheval de verre sur le rebord de la fenêtre, où le soleil le touchait le matin, et chaque fois qu’elle passait, effleurait légèrement la crinière transparente. Printemps dormait sur le coussin, recroquevillée en boule, tandis que dehors, les feuilles bruissaient comme pour se rappeler l’hiver. Claire ouvrit le balcon, inspira profondément l’air pur, sans trace de douleur. Et dans cette respiration profonde et libre, elle entendait non pas la fin, mais le commencement.