— Armand, — répondis-je, — « Douceur Sucrée » est ma société. Cinq boutiques. Trente-deux employés. Six ans, ton agence sur mes commandes. Quatre millions huit cent mille par an. Je vérifiais.
Je vis son visage changer. Étapes : confusion, calcul fébrile, puis peur.
— Attends, — il laissa tomber son verre, vin sur la nappe. — « Douceur Sucrée »… toi ? Vicky ?
Partenaires figés. Hélène baissa les yeux. Antoine regardait, ne s’arrêta pas. Première fois.
— Marine, — il s’approcha, — parlons à l’écart. Je…
— Non, — dis-je. — Sept ans de humiliations devant tous. Maintenant, je réponds devant tous. Contrats résiliés. Décision finale.
Je repris ma place, goûtai la tarte. Parfaite. Vanille, acidité de framboise. Je me sentais fière.
Armand au milieu du salon, vin renversé, visage que je n’avais jamais vu. Puis il partit. Hélène le suivit. Porte claquée.

Silence à table. Je bus ma dernière gorgée.
— Madame Sergeevna, — dit un partenaire, — la franchise est vraiment intéressante.
Je souris. Pour de vrai. Première fois de la soirée.
Après le départ des invités, Antoine et moi débarrassâmes. Il parla :
— Tu sais qu’il appellera tous les jours ?
— Je sais.
— Que lui dire ?
— La vérité. Qu’il a insulté l’hôtesse de sa maison.

Antoine posa une assiette. Regarda.
— J’aurais dû l’arrêter avant.
Je ne dis rien. Oui. Il aurait dû. Mais ne l’a pas fait. Partie de l’histoire.
Deux mois plus tard, Armand perdit mes contrats. Quatre millions huit cent mille. Sérieuse perte. Réduction d’équipe. Déménagement. Antoine m’informa.
Il raconte à tous que je suis « rancunière » et « opportuniste », mélangeant business et personnel. Peut-être. Mais un vrai businessman ne pousse pas sa cliente dans la piscine.
Antoine continue ses visites seul. Mais Armand ne revint jamais à notre table. Je suis enfin en paix. Sept ans, enfin.
Reste une question : ai-je exagéré en résiliant les contrats devant ses partenaires ? Ou était-ce le chemin inévitable, à travers soixante rencontres, « grosse idiote », piscine ? Que feriez-vous à ma place ?