— Je ne sais plus quoi faire, maman. Je vous aime toutes les deux… toi et Thomas. Mais il a raison sur une chose : ces derniers mois ont été très durs.
— Donc toi aussi, tu veux que je parte ? Sa voix était blessée.
— Je veux que nous arrêtions tous de souffrir, répondit Claire doucement. Pour l’instant, personne n’est heureux. Ni toi, ni Thomas, ni moi.
Un silence lourd tomba sur la pièce. Monique regarda sa fille, puis son gendre, comme si elle les découvrait vraiment pour la première fois depuis son arrivée.
— Je ne pensais pas que c’était à ce point, finit-elle par dire. Je croyais vous aider.
— Nous savons que vous vouliez bien faire, dit Thomas plus doucement. Mais parfois, l’aide devient étouffante.
Monique baissa les yeux vers ses mains.

— Après la mort de votre père, j’ai eu peur de rester seule. Peur du silence, peur du vide. Alors je me suis mise à toucher à tout, à surveiller, à donner mon avis sur tout… parce que ça me donnait l’impression d’être encore utile.
Claire se pencha vers elle et l’entoura de ses bras.
— On t’aime, maman. Tu seras toujours importante pour nous. Mais peut-être que Thomas a raison. Peut-être que ce serait mieux si tu habitais près de nous, mais pas avec nous.
Monique resta longtemps sans répondre. Puis elle soupira, lentement, comme si elle déposait enfin un poids.
— Vous avez sans doute raison. Je suis allée trop loin. C’est difficile d’accepter que je ne sois plus la personne principale dans la vie de ma fille.
— Vous ferez toujours partie de notre vie, répondit Thomas.
Et ce soir-là, pour la première fois depuis des mois, quelque chose se relâcha entre eux. Ils ne réparèrent pas tout en une conversation. La maquette restait brisée, les blessures aussi. Mais chacun comprit que l’amour ne suffit pas quand il n’y a plus de limites, et qu’une famille ne tient debout que lorsqu’elle apprend à respecter l’espace, la douleur et la place de chacun.