Victor serra les lèvres. — C’est ma faute.
— On ne blâme pas celui qui a commis une erreur une fois, — dit Sophie. — Mais celui qui comprend et ne change rien.
Elle le fixa longuement. — Plus de clés pour ta mère. Aucun invité si l’enfant est malade. Et si elle insinuera encore que Camille « fait exprès » : tu interviens. Immédiatement. Devant moi. Devant Camille. Devant tous.
Victor acquiesça, précipitamment. — Oui. Bien sûr.
Une heure plus tard, Élise apparut dans le couloir, pâle, sobre, hésitante, avec une bouteille d’eau et des serviettes. — Comment va Camille ? — demanda-t-elle.

— Son état est stabilisé, — répondit Sophie, vide d’émotion.
Élise ouvrit la bouche, chercha ses mots, puis soupira : — Victor… je ne pensais pas que c’était si grave.
— Vous ne vouliez pas le voir, — répliqua Sophie, implacable.
Victor s’adressa à sa mère avec autorité pour la première fois. — Aujourd’hui, tu n’as pas raison. Ici, tu ne commandes pas. On est venus pour Camille. Si tu veux aider, aide. Sinon, parte.
Élise pâlit. — C’est elle qui t’a influencé… — tenta-t-elle.
— Non, — dit Victor, ferme. — C’est moi qui ai enfin écouté.
Le silence s’installa, lourd et vrai.
Camille resta à l’hôpital sous surveillance. La nuit, Sophie à son chevet, Victor somnolant sur une chaise.

À l’aube, Camille ouvrit les yeux : — Maman… grand-mère ne criera plus ?
Sophie caressa ses cheveux. — Non, mon trésor, — dit-elle. — Je ne le permettrai pas.
Victor se leva et prit la main de Camille. — Moi non plus.
De retour à la maison, Victor appela sa mère : — Rends les clés et ne viens plus sans invitation.
Sophie resta à ses côtés, silencieuse. Elle savait que c’était sa décision, pas la sienne.
Cette nuit-là, Victor comprit : la maman, c’est une chose. Mais sa famille, c’est son foyer. Sa responsabilité. Son choix.
Et Sophie ne serait plus jamais la femme qui se tait pour le calme. Elle serait la mère qui protège son enfant.