— Antoine… je peux tout t’expliquer.
Le sang sembla quitter son visage.
— Tu vas devoir le faire.
— Pas au téléphone.
— Alors viens.
Sixième étape. Le dernier dossier
Quarante minutes plus tard, Camille entra dans le bureau.
Elle n’avait plus rien de la femme sûre d’elle qu’Antoine avait connue la veille.
Son assurance avait disparu.
Il ne restait plus aucune trace du mépris avec lequel elle avait regardé Élodie.
— Assieds-toi, dit-il froidement.
Camille obéit.
— Tu savais pour les enfants ?
Elle baissa les yeux.
— Oui.
Deux mots seulement.
Mais ils suffirent à détruire le dernier espoir qu’il avait encore de s’être trompé.
— Depuis quand ?
— Depuis avant le divorce.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
Camille se mit à pleurer.
— J’avais peur de te perdre.
— Alors tu as décidé de détruire ma famille ?
— Je ne voulais pas…
— Tu ne voulais pas quoi ?
Antoine se leva brusquement.
— Tu savais qu’Élodie était enceinte. Tu savais qu’elle attendait mes enfants. Tu savais qu’elle ne m’avait pas trompé. Et malgré tout, tu m’as laissé la chasser de chez nous ?
Camille se couvrit le visage de ses mains.
— Je savais que si tu apprenais l’existence des enfants, tu ne la quitterais jamais.
— Tu avais raison.
Elle releva lentement la tête.
— Antoine…
— Mais il ne s’agit même plus seulement d’Élodie.
Il fit glisser les résultats du test vers elle.
— Tu m’as volé une année entière de la vie de mes enfants.
Camille demeura silencieuse.
Antoine prit son téléphone.
— Et ce n’est pas tout.
Il lança l’enregistrement de sa conversation avec le directeur financier.
Lorsque l’origine des documents bancaires fut expliquée, Camille pâlit davantage.
— Tu m’enregistrais ?
— Non. C’était une conversation avec le directeur financier.
Il la fixa sans détour.
— Maintenant, je veux entendre la vérité de ta bouche.
Camille resta longtemps muette.
Puis elle finit par avouer :
— Oui. J’ai falsifié une partie des documents.
Quelque chose se brisa définitivement en Antoine.
— Et les photographies ?
— J’ai demandé à une connaissance de prendre des clichés d’Élodie avec un autre homme.
— Le collier ?
Camille étouffa un sanglot.
— C’est moi qui l’ai glissé dans sa commode.
Le bureau s’enfonça dans un silence absolu.
Antoine ferma les yeux.
Un an plus tôt, il avait expulsé de sa maison une femme innocente.
Et aujourd’hui, il découvrait qu’elle avait élevé seule ses enfants pendant tout ce temps.
Il prit son téléphone et appela Élodie.
Elle répondit au troisième appel.
— Antoine ?
— Élodie… je connais maintenant toute la vérité.
Un silence se fit sur la ligne.
— Laquelle ?
— Toute.
Elle ne répondit pas.
— Je me suis trompé.
Un souffle lourd lui parvint.
— Je sais.
— Je veux voir les enfants.
— Ils dorment.
— Alors j’attendrai.
— Où ?
Antoine regarda la porte fermée de son bureau.
— Là où j’aurais dû être depuis le début.
Il raccrocha.
Puis, pour la première fois depuis un an, il s’autorisa à pleurer.
Ce n’était ni pour l’argent perdu, ni pour son couple détruit, ni même pour la trahison de Camille.
Il pleurait pour ces deux petits êtres entrés dans sa vie presque un an auparavant.
Et qu’il avait déjà commencé à aimer avant même de comprendre combien de temps on lui avait volé.
