Je n’avais jamais eu de problème sérieux avec la justice, mais, durant ces quelques secondes, j’ai été convaincu qu’ils venaient m’arrêter.
Le premier agent s’est approché.
— Qui nous a appelés ?
Marcel a levé la main.
— C’est moi.
Puis, à la surprise générale, il a désigné mon sac à dos.
— Commencez par vérifier la petite poche extérieure.
J’étais tellement déconcerté que les mots ne sortaient plus de ma bouche.
Le policier a posé les yeux sur moi.
— Monsieur, ce sac vous appartient-il ?
— Oui… mais je ne comprends absolument pas ce qu’il raconte.
Marcel a ajouté d’une voix basse :
— J’ai vu ce qui s’est passé.
L’agent a enfilé des gants, s’est accroupi devant mon sac et a ouvert avec précaution la poche extérieure.
Une seconde plus tard, il en a sorti un portefeuille de femme.
Je n’arrivais pas à croire ce que je voyais.
— Ce n’est pas à moi.
Puis un second portefeuille est apparu.
Ensuite, l’agent a trouvé trois téléphones portables.
— Je n’ai jamais vu ces objets de ma vie, ai-je déclaré, complètement désemparé.
Les visages des deux policiers se sont aussitôt fermés.
Devant mes yeux défilaient déjà les pires scénarios. Je savais à quel point il serait difficile d’expliquer la présence de ces affaires dans mon sac.
C’est alors que Marcel a parlé avec tranquillité :
— C’est un autre homme qui les a placées là.
Le policier s’est tourné vers lui.
— Quel homme ?
— Celui qui portait une veste noire. Il suivait ce jeune homme depuis un moment.
Peu à peu, les événements ont commencé à prendre sens.
Lorsque j’aidais Marcel à porter sa valise près d’un petit escalier, quelqu’un s’était approché de moi par-derrière sans attirer mon attention. Comme j’étais concentré sur le vieil homme, l’inconnu avait rapidement glissé plusieurs objets volés dans la poche extérieure, restée ouverte, de mon sac à dos.
Marcel avait tout vu.
Au début, il ne comprenait pas pourquoi cet homme avait agi de la sorte.
Puis il avait remarqué que celui-ci ne s’éloignait pas. Il continuait à nous suivre à distance, comme s’il attendait quelque chose.
L’un des policiers a immédiatement transmis son signalement par radio.
Une dizaine de minutes plus tard, le suspect a été retrouvé près d’une autre porte d’embarquement.
Les agents de sécurité le recherchaient déjà. Plusieurs voyageurs avaient signalé la disparition de leurs effets personnels dans l’aéroport.
Je me suis laissé tomber sur le siège le plus proche.
Mes mains tremblaient encore.
— Pourquoi ne m’avez-vous rien dit tout de suite ? ai-je demandé à Marcel.
Le vieil homme a éclaté de rire.
— Parce que vous auriez commencé à vous retourner dans tous les sens pour le chercher du regard. Il aurait compris que j’avais vu ce qu’il faisait et il se serait enfui.
Je me suis souvenu de la phrase qu’il avait prononcée au téléphone.
— Et lorsque vous avez dit à la police : « Il est juste à côté de moi »…
Marcel s’est mis à rire encore plus fort.
— Je ne parlais pas de vous. À ce moment-là, cet homme se trouvait presque derrière votre dos.
Cette fois, j’ai ri moi aussi.
Quelques minutes auparavant, je pensais qu’un simple trajet de retour allait devenir l’un des pires jours de ma vie.
En réalité, ce vieil homme venait de m’éviter une situation dont j’aurais eu énormément de mal à me sortir.
Lorsque les policiers ont terminé leurs questions et que tout a enfin été éclairci, j’ai quand même accompagné Marcel jusqu’à sa porte d’embarquement.
Avant de prendre le chemin de l’avion, il s’est tourné vers moi avec un sourire inattendu.
— Julien, voulez-vous que nous prenions une photo ensemble ? Ma petite-fille ne croira jamais que son grand-père a appelé la police dans un aéroport et contribué à faire arrêter un voleur.
Nous nous sommes placés côte à côte et avons pris le cliché.
Puis Marcel a posé une main sur mon épaule.
— Aujourd’hui, vous m’avez aidé à porter ma valise. Je n’ai fait que vous rendre la pareille.
Lorsque je suis enfin rentré chez moi, un message de Marcel m’attendait déjà sur mon téléphone.
Il ne contenait qu’une seule phrase :
« Les bonnes personnes apparaissent parfois au moment précis où l’on a le plus besoin d’elles. »
Je conserve encore cette photographie.
Pas parce qu’un événement terrible a failli m’arriver ce jour-là.
Je la garde parce que, pendant tout le trajet dans l’aéroport, j’étais persuadé d’être celui qui venait en aide à un vieil homme fragile.
Et finalement, j’ai compris que c’était lui qui veillait sur moi depuis le début.
