Depuis le retour des talibans au pouvoir dans ce pays montagneux d’Asie centrale, la vie quotidienne est soumise à un ensemble de règles extrêmement rigides, fondées sur leur interprétation radicale de la loi islamique. La moindre infraction peut entraîner une arrestation, une humiliation publique ou même une sévère sanction physique.
Certaines publications affirment qu’une des mesures les plus surprenantes concernerait les sous-vêtements de style européen, et que les femmes seraient particulièrement visées par cette interdiction prétendue.
Pourtant, aucun passage du Coran n’interdit explicitement aux femmes de porter des sous-vêtements. Les partisans de telles restrictions expliquent néanmoins qu’ils voudraient revenir au mode de vie des premiers musulmans, tel qu’ils l’imaginent à l’époque des débuts de l’islam. Les soutiens-gorge modernes, les tissus synthétiques et les ensembles en dentelle n’existaient évidemment pas alors ; cette absence historique leur servirait de justification.
Les courants les plus radicaux présentent également les vêtements occidentaux comme une cause de dégradation morale. À leurs yeux, la mode contemporaine serait particulièrement dangereuse pour les femmes : elle nuirait à leur santé et pourrait attirer le regard des hommes, même lorsque les sous-vêtements restent dissimulés sous les vêtements amples.
Des propos attribués à des membres de la « police des mœurs » sont souvent cités dans ces récits. Selon eux, les femmes n’auraient aucune nécessité de porter de la lingerie européenne puisque leur corps est déjà entièrement couvert par les vêtements traditionnels. Tout ce qui n’existait pas à l’époque des premiers croyants serait alors considéré comme un luxe inutile et une menace pour la moralité publique.
La contradiction paraît saisissante : les femmes doivent sortir enveloppées dans des burqas, des voiles épais et des tenues qui dissimulent presque toute leur silhouette, tandis qu’on leur interdirait en même temps certains éléments portés sous ces vêtements.
Il existe toutefois très peu de preuves indépendantes confirmant l’existence d’une interdiction nationale officielle visant précisément les culottes ou les soutiens-gorge féminins. Ces affirmations circulent surtout sur les réseaux sociaux et dans des articles à sensation. En revanche, il est établi que les talibans restreignent la vente et l’importation de nombreux produits qu’ils associent au mode de vie occidental.
Une personne qui commercialise des vêtements interdits ou les transporte à travers la frontière risque un interrogatoire, la confiscation de sa marchandise, l’emprisonnement ou des violences physiques. Les consignes peuvent varier considérablement selon la région, l’autorité locale et le degré de sévérité des responsables du mouvement.
Les agents appelés « contrôleurs des mœurs » surveillent l’apparence des habitants, le comportement des femmes et le respect des normes imposées. Une simple plainte d’un voisin peut suffire à déclencher un contrôle. Dans les petites villes, le soupçon qu’une famille conserve ou utilise des objets occidentaux jugés prohibés peut déjà attirer l’attention des autorités.
Si une perquisition révèle des vêtements considérés comme inacceptables, les occupants du logement peuvent être accusés d’avoir enfreint les règles religieuses et sociales. La réaction des autorités reste imprévisible : elle peut aller d’un avertissement à une arrestation.
Même non attestée par un texte officiel, cette affaire de sous-vêtements ne serait qu’un détail parmi les nombreuses restrictions réellement imposées aux femmes depuis le début du XXIᵉ siècle. Les adolescentes ont été privées d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Les femmes ne peuvent souvent pas quitter leur domicile sans un accompagnateur masculin de leur famille, ni fréquenter librement les parcs, les salles de sport, les salons de beauté ou divers lieux publics.
Leur accès à l’emploi, aux activités physiques et aux produits cosmétiques est également limité. Elles ne peuvent pas toujours conduire, ni parler librement en présence d’hommes qui ne leur sont pas apparentés.
Dans certaines situations, il leur serait même interdit de chanter à voix haute, de lire publiquement ou de réciter une prière devant des inconnus. Leur visage et leur corps doivent rester couverts, et une tenue jugée contraire aux exigences des talibans peut conduire à une arrestation.
La réalité semble d’autant plus difficile à concevoir lorsqu’on se souvient qu’il y a quelques décennies, la vie des femmes dans les grandes villes de ce pays était bien différente.
À l’époque de l’ancien régime républicain, de nombreuses habitantes de la capitale étudiaient à l’université, travaillaient comme médecins, enseignantes ou fonctionnaires. Elles se déplaçaient dans les rues sans dissimuler leur visage, portaient des robes modernes et pouvaient construire leur carrière de manière indépendante.
En quelques décennies seulement, leur situation a changé au point de devenir méconnaissable.
— On nous interdit chaque jour davantage de choses, racontent des habitantes qui préfèrent taire leur identité. Chaque geste, chaque détail de notre apparence et de notre comportement est surveillé. Il ne s’agit plus d’une seule règle, mais d’une volonté de nous retirer peu à peu le droit de décider de notre propre existence.
Selon des femmes vivant dans différentes régions, cette accumulation d’interdictions leur donne l’impression d’être prisonnières de leur propre maison.
Elles ne choisissent plus librement leurs vêtements, ne peuvent pas étudier comme elles le souhaitent, travailler sans contraintes ni circuler seules dans leur ville. Le moindre geste peut être interprété comme une transgression religieuse.
Certains récits affirment que les talibans désapprouveraient aussi plusieurs modèles de sous-vêtements masculins fabriqués en Occident. L’argument avancé resterait identique : ces articles n’existaient pas dans la péninsule Arabique aux premiers temps de l’islam et ne seraient donc pas nécessaires aux croyants.
Dans les faits, les hommes seraient soumis à des exigences beaucoup moins sévères. La découverte, dans une maison, d’un vieux sous-vêtement familial appartenant au chef du foyer provoquerait rarement une sanction importante.
Les femmes, elles, bénéficieraient bien moins souvent d’une telle indulgence. C’est pourquoi la simple rumeur d’une interdiction des sous-vêtements n’est pas perçue par toutes comme une absurdité. Elle apparaît plutôt comme le prolongement plausible d’une politique qui réduit progressivement leur liberté jusque dans les détails les plus intimes de leur existence.
