Il y a peu, j’ai revu « Le Cabaret des Frissons ». Vous vous souvenez de cet instant où Thierry Caron surgit de l’ascenseur ? Dès son apparition, impossible de détourner les yeux. Du premier pas jusqu’à la dernière note, il règne sur chaque image avec une assurance presque insolente. Et Sophie Delorme ? Une merveille absolue.
Que vous découvriez le film pour la première fois ou que sa projection soit devenue votre rituel d’Halloween, ce classique culte reste une course débridée à travers la fantaisie, le désir et le rock’n’roll.
Voici donc quelques-unes des anecdotes les plus étranges, les plus drôles et les plus stupéfiantes que vous ignorez peut-être encore sur « Le Cabaret des Frissons ».
Pourquoi Thierry Caron a-t-il obtenu le rôle ?
Parler du « Cabaret des Frissons » sans évoquer Thierry Caron serait tout simplement impossible. Il s’agissait de son premier rôle au cinéma, et il y incarnait à la perfection le docteur Franck de Furie, scientifique extraterrestre travesti dont la présence magnétique s’imposait dès la première scène.
S’il avait accepté de reprendre ce personnage à l’écran, c’est parce qu’il l’avait déjà interprété dans la version théâtrale écrite en 1973 par Renaud Aubry.
La pièce « Le Cabaret des Frissons » fut jouée à Paris à l’incroyable fréquence de 2 960 représentations. L’énergie débordante de Thierry Caron était devenue le cœur battant du spectacle ; au moment de choisir la distribution de l’adaptation cinématographique, ne pas lui proposer le rôle aurait été impensable.
La manière dont il avait décroché le personnage est d’ailleurs assez savoureuse, car elle révèle à quel point ce tout jeune comédien, encore au début de sa carrière, avait déjà confiance en son instinct.
« J’avais entendu parler du projet parce que j’habitais rue de Vaugirard, près de la rue de Rennes, et qu’il y avait un ancien gymnase à quelques portes de chez moi. J’ai croisé Renaud Aubry dans la rue. Il m’a expliqué qu’il venait justement de se rendre au gymnase pour voir s’il pouvait y trouver un homme musclé capable de chanter. Je lui ai demandé : “Pourquoi faut-il qu’il sache chanter ?” Il m’a répondu que sa comédie musicale allait être montée et que je devrais parler à Jacques Marceau. Il m’a donné le scénario, et je me suis dit : “Mon Dieu, si cela fonctionne, ce sera un triomphe” », raconta plus tard Thierry.
Thierry a pris du poids après le film pour se rendre méconnaissable
« Le Cabaret des Frissons » fit de Thierry Caron une célébrité et lui attira une communauté de fidèles admirateurs. Pourtant, durant des années, il évita presque entièrement d’en parler, épuisé par l’enthousiasme parfois envahissant de certains fans.
Dans une interview accordée à une chaîne musicale nationale, il confia même avoir pris du poids pour paraître « rond et quelconque ». Il espérait ainsi créer une distance entre lui-même et l’image flamboyante de Franck.
Avec le temps, il s’est montré plus serein face au phénomène et en est même venu à considérer le film comme une sorte de « rite de passage » pour les jeunes générations.
En 2015, Thierry expliquait que le film ressemblait à « une fête de week-end garantie, où l’on peut venir avec quelqu’un ou tout seul ; et si l’on n’a personne, peut-être qu’on rencontrera quelqu’un sur place. Cela donne aussi aux gens l’occasion d’essayer quelques rôles qui leur correspondent, vous voyez ? Cela peut les aider à comprendre leur propre sexualité ».
Le tournage du « Cabaret des Frissons » n’eut rien d’une promenade tranquille pour ceux qui y participèrent. Contrairement à l’exubérance démente du spectacle, le plateau fonctionnait avec une rigueur implacable. Cinq semaines seulement avaient été prévues, obligeant comédiens et techniciens à arriver au studio dès l’aube. Thierry Caron était particulièrement sollicité : son maquillage complexe demandait quatre heures. À force, il apprit à le réaliser lui-même pour gagner du temps.
Comment Marc Lebœuf a-t-il réussi sa chanson ?
Chaque fois que je revois « Le Cabaret des Frissons », je guette ce moment irrésistible où Marc Lebœuf surgit dans le rôle d’Édouard. Les histoires de coulisses qui l’entourent sont nombreuses, mais l’une d’elles reste particulièrement réjouissante.
Renaud Aubry craignait que Marc ne parvienne pas à suivre le rythme effréné de « Quelle folie — bénis mon âme ». Il lui tendit donc la partition en le rassurant : « Ce n’est pas grave si tu sautes quelques lignes. Aucun membre de la troupe parisienne n’a jamais réussi à chanter ce morceau correctement. » Marc parcourut les notes, leva les yeux et répondit avec un calme désarmant : « Où est le problème ? » Puis il interpréta toute la chanson sans une seule faute, dès la première tentative.
L’un des passages les plus mémorables du film montre le docteur Émile V. Sorel déboulant dans la pièce avant de percuter directement un mur. Aussi incroyable que cela paraisse, cette entrée fracassante n’avait pas été prévue. L’équipe avait simplement oublié d’ouvrir la porte supplémentaire du laboratoire.
