Après chaque journée de travail, je retrouvais d’étranges traces sur les sous-vêtements de ma femme. Persuadé qu’elle me trompait, j’ai caché une caméra dans son bureau… mais ce que j’ai découvert m’a laissé sans voix et m’a fait honte de mes soupçons

Après chaque journée passée au travail, les sous-vêtements de Claire portaient d’étranges traces. Julien avait fini par se convaincre qu’elle voyait un autre homme et, rongé par le doute, il avait installé en secret une caméra dans son bureau. Pourtant, lorsqu’il découvrit enfin ce qui se passait réellement derrière cette porte, il aurait donné n’importe quoi pour pouvoir effacer les soupçons qui l’avaient conduit jusque-là.

Dix ans. Était-ce une éternité ou seulement un battement de paupières ? Pour Julien, cette décennie ressemblait à une vie entière, partagée entre le fracas régulier des machines de l’atelier et la tranquillité des soirées dans leur modeste appartement de deux pièces. Il avait rencontré Claire au mariage de leur ami commun, Thomas. À l’époque, Julien était un jeune homme aux cheveux toujours un peu en bataille, récemment embauché dans une fabrique de meubles appelée Maison Élégance. Claire, elle, était encore étudiante. Fine, délicate, vêtue d’une robe légère, elle lui avait paru presque irréelle au milieu de cette foule animée.

Tout était allé très vite entre eux. Il y avait d’abord eu une danse sur une vieille chanson que tout le monde connaissait, puis une longue promenade dans les rues endormies de la ville, et enfin un premier rendez-vous maladroit dans un parc. Moins d’un an plus tard, ils se tenaient devant l’autel et glissaient des alliances à leurs doigts. Peu après, Claire avait elle aussi trouvé un poste à la fabrique. Contrairement à Julien, elle ne travaillait pas dans l’atelier bruyant mais dans l’aile administrative, au service commercial, où l’odeur de sciure et de vernis laissait place aux parfums élégants, au café fraîchement préparé et aux catalogues neufs.

Julien aimait sincèrement son métier. Il faisait partie de ces artisans dont on dit volontiers qu’ils ont de l’or dans les mains. Le bois semblait lui parler. Il savait dompter la résistance du chêne, révéler les veines du frêne et reconnaître presque au toucher ce dont une planche avait besoin pour devenir belle. Son existence était simple, compréhensible, réglée comme les gestes qu’il répétait devant ses machines. Jusqu’à cet automne où un détail insignifiant en apparence vint tout bouleverser.

Tout commença par la lessive. Julien avait toujours été extrêmement soigneux, parfois même un peu maniaque. Chaque samedi, c’était lui qui s’occupait du linge. Le couple avait depuis longtemps trouvé son propre équilibre : Claire préparait le déjeuner du dimanche, tandis que Julien prenait en charge les machines et les tâches ménagères les plus lourdes. Un soir, alors qu’il triait les vêtements accumulés dans la corbeille, il s’immobilisa brusquement.

Au milieu de ses tee-shirts de travail et de leurs vêtements de maison se trouvaient plusieurs culottes appartenant à Claire. Deux d’abord. Puis deux autres. En soulevant quelques affaires, il en découvrit encore. Julien se souvenait parfaitement que la corbeille était vide le lundi matin. Pourtant, le mardi soir, deux sous-vêtements de Claire s’y trouvaient déjà. Deux autres étaient apparus le mercredi. À la fin de la semaine, la corbeille était remplie de dentelle fine, de coton et de tissus soyeux.

« Pourquoi se change-t-elle deux fois pendant une seule journée de travail ? » se demanda-t-il pour la première fois.

Il ne lui posa aucune question. Pas tout de suite. Julien décida d’abord d’observer et de vérifier qu’il ne se faisait pas des idées. Mais la semaine suivante, le même phénomène se reproduisit. Puis encore la suivante. Claire quittait l’appartement le matin avec un ensemble, et chaque soir, deux nouvelles culottes terminaient dans la corbeille à linge. Pourtant, son comportement semblait presque inchangé. Elle demeurait douce, calme et attentionnée. À trente-deux ans, elle avait gardé cette légèreté qui l’avait immédiatement séduit au mariage de Thomas. Avec les années, ses traits étaient devenus plus affirmés, sa silhouette plus féminine et son regard plus profond. Seulement, Julien commençait désormais à croire qu’une vérité importante se cachait derrière ses yeux.

Le soupçon agit parfois comme une maladie. Au début, ce n’est qu’une petite gêne que l’on pourrait presque ignorer. Puis il trouve de quoi se nourrir, grandit silencieusement et finit par envahir chaque pensée. Julien commença malgré lui à examiner tous les hommes qui travaillaient près de sa femme.

Le service commercial occupait une partie séparée du bâtiment administratif. Trois hommes y travaillaient avec Claire. Il y avait d’abord Bernard Lefèvre, proche de la retraite, qui semblait ne vivre que pour ses tableaux, ses chiffres et ses dossiers. Ensuite venait un jeune stagiaire, toujours absorbé par ses propres préoccupations. Et enfin, il y avait Antoine.