— Je compte sur vous pour mon anniversaire, dit sa mère au téléphone. Achetez un gâteau, je n’ai plus d’argent et je ne pourrai rien vous servir. Et surtout, n’oublie pas le thé aux fruits que j’aime tant. Pour le cadeau, donnez-moi plutôt de l’argent.
Claire écouta sans rien répondre, approuva tout ce qu’on lui demandait, puis raccrocha. Son mari, qui se trouvait en face d’elle, avait entendu toute la conversation.
— Ta mère a encore préparé sa petite liste d’exigences ? demanda Marc avec un sourire amer.
Il avait sincèrement pitié de sa femme. Depuis des années, sa mère lui réclamait de l’argent, se plaignait de manquer de tout et trouvait sans cesse une nouvelle raison de demander davantage.
— C’est quand même son anniversaire, tenta de justifier Claire. Et elle n’a vraiment plus d’argent.
— Elle n’en a plus parce qu’elle envoie tout à ton frère Julien. Elle sait parfaitement que tu ne la laisseras pas tomber, que tu l’aideras et que tu lui donneras jusqu’à ton dernier euro. Chez vous, il existe une grande chaîne de solidarité, mais, curieusement, elle s’arrête toujours à toi.
— Pourquoi tu me parles de ça maintenant ? Tu voudrais que je laisse maman seule le jour de son anniversaire ? Ou tu trouves que trois cents euros pour un gâteau, c’est trop ?
— Ce n’est pas l’argent qui me fait mal, Claire. C’est toi, répondit Marc, à bout de patience. Combien de temps encore vont-ils profiter de ta gentillesse ?
Ta mère verse toute sa pension à ton frère. Chaque mois, jusqu’au dernier centime. En dix ans de vie commune, est-ce qu’elle t’a déjà offert un vrai cadeau ? Est-ce qu’elle t’a seulement aidée une fois ?
— Elle n’est pas obligée de le faire. C’est ma mère…
— Mais toi, tu serais obligée, c’est ça ? poursuivit-il, de plus en plus irrité. Ensuite, tu passes tout le mois à l’entretenir.
— Julien a aussi besoin d’aide. Il a une fille. Et puis ils vivent loin.
— Et toi, Claire, tu n’as jamais besoin d’aide ? Quelqu’un pense-t-il seulement à t’aider, toi ?
— Je n’ai pas d’enfant. Et si un jour j’ai un problème, tu seras là, répondit-elle, incapable de comprendre la colère de son mari.
Voilà comment les choses fonctionnaient dans leur famille depuis toujours. Monique aidait son fils aîné, Julien, parce qu’il habitait loin, élevait une enfant et, d’après elle, traversait constamment des difficultés.
Claire soutenait sa mère, tandis que Marc prenait soin de Claire.
Elle estimait donc ne manquer de rien. Elle n’avait pas d’enfant et, à son âge, elle pensait qu’elle n’en aurait probablement jamais.
— Bien sûr que je serai là, marmonna Marc avant de partir dans la chambre.
Depuis longtemps, il savait qu’il était inutile d’essayer de faire entendre raison à sa femme dès qu’il était question de sa mère.
Le jour de l’anniversaire de Monique, seules trois personnes s’assirent autour de la table : Claire, Marc et une voisine qui était son amie depuis de nombreuses années.
Les invités avaient apporté le thé aux fruits et le gâteau. Il n’y avait pratiquement rien d’autre à manger.
Pourtant, pendant toute la soirée, la conversation ne porta presque pas sur Claire et Marc, mais sur Julien, qui vivait loin et n’avait pas pu venir.
En réalité, il n’avait même pas trouvé quelques minutes pour appeler sa mère et lui souhaiter son anniversaire, tant il était, disait-on, occupé.
— Aujourd’hui, c’est aussi l’anniversaire d’Élodie, raconta Monique. Ma petite-fille fête ses huit ans.
Vous vous rendez compte ? Elle est déjà presque une grande fille. Le temps passe si vite… Et moi, je ne l’ai encore jamais vue en vrai.
Je me demande parfois si je ne devrais pas vendre mon appartement et donner une partie de l’argent à Julien. Comme ça, il pourrait enfin m’amener ma petite-fille.
— Mais où vous l’amènera-t-il si vous vendez votre appartement ? demanda Marc, qui n’en pouvait plus de rester silencieux.
— Je m’achèterai un petit deux-pièces.
Le visage de Marc se détendit un peu. Si Monique envisageait réellement d’échanger son logement contre un appartement plus petit, son projet paraissait au moins raisonnable.
Mais elle ajouta aussitôt :
— Aujourd’hui, c’est donc la fête d’Élodie. Je leur ai envoyé de l’argent. J’ai même dû prendre un petit crédit. Une petite-fille mérite tout de même un beau cadeau.
Julien m’a dit qu’elle rêvait d’un iPhone. Le tout dernier modèle, apparemment.
Claire faillit s’étouffer avec sa part de gâteau.
— Maman, un iPhone coûte extrêmement cher. Combien as-tu emprunté ?
— Pas grand-chose, répondit Monique en agitant la main. Julien travaille, il ajoutera sa part. Je lui ai simplement envoyé un peu d’argent pour le cadeau et les sucreries.
Claire et Marc restèrent encore un moment, puis prirent congé.
À peine eurent-ils quitté l’immeuble que Marc reprit la parole.
— Tu comprends que ton frère est en train de tromper ta mère ? Aujourd’hui, elle emprunte pour acheter un cadeau. Demain, elle vendra son appartement.
Dans un an ou deux, ta mère viendra vivre chez nous et demandera que son appartement revienne à Julien.