Une femme s’approcha.
Elle s’appelait Véronique.
Elle avait autrefois partagé la vie de Bastien, bien avant qu’il ne soit prétendument devenu obèse. En réalité, c’était elle qui avait autrefois détruit sa confiance envers les femmes.
— Mon Dieu, Sébastien ! lança-t-elle en éclatant de rire. Tu as encore grossi !
Son regard glissa ensuite vers Claire.
— Et voilà donc la femme que tu as achetée ? Combien t’a-t-elle coûté ? Elle ressemble exactement à ces femmes qui ne cherchent qu’un portefeuille bien rempli.
Les amies de Véronique rirent avec elle.
— Ils vont parfaitement ensemble : le monstre et la femme qu’il a payée.
Bastien baissa la tête.
Il attendit.
Il était certain que Claire allait pleurer.
Qu’elle allait s’éloigner de lui.
Qu’elle aurait honte d’être vue à ses côtés.
Mais rien de cela ne se produisit.
Claire lâcha les poignées du fauteuil et avança d’un pas.
— Excusez-moi, dit-elle d’une voix ferme.
Puis elle fixa Véronique.
— Ne traitez plus jamais mon mari de monstre.
Véronique resta interdite.
— Pardon ?
Claire parla alors assez fort pour que toute la salle puisse l’entendre.
— Oui, il est corpulent. Oui, son apparence n’est peut-être pas aussi parfaite que celle des hommes dont vous aimez vous entourer. Mais son cœur est plus grand que ceux de toutes les personnes présentes ici réunies.
Le silence gagna peu à peu les invités.
— Oui, j’ai accepté de l’épouser à cause d’une dette, continua Claire. Je ne vais pas prétendre le contraire. Mais si je suis encore auprès de lui aujourd’hui, c’est parce qu’en trois mois j’ai découvert chez cet homme une bonté que vous êtes incapables de voir puisque vous vous arrêtez à son apparence.
Claire posa une main sur l’épaule de son mari.
— Je suis fière de porter le nom de de Montfort. Et je préférerais passer toute mon existence avec cet homme que vous appelez un « cochon » plutôt que de vivre une seule journée au milieu de gens aussi faux que vous.
Plus personne ne prononça un mot.
Véronique venait d’être humiliée devant toute la salle.
Bastien leva les yeux vers Claire.
Ce qu’il vit alors dans son regard était tout ce qu’il avait cherché durant des années : du courage, de la loyauté et quelque chose qui ressemblait déjà à de l’amour.
— Claire, souffla-t-il.
Elle se pencha légèrement vers lui.
— Rentrons à la maison.
LA VÉRITÉ
De retour dans leur demeure, Claire aida Bastien à rejoindre la chambre.
— Voulez-vous que je vous prépare une tisane, monsieur de Montfort ? demanda-t-elle avec sollicitude.
— Non.
Claire se retourna brusquement.
Sa voix venait de changer.
Elle n’avait plus rien de rauque ni de pénible.
Elle était devenue profonde, calme, douce, presque troublante.
— Claire… regarde-moi.
Sous les yeux stupéfaits de sa femme, Bastien posa ses mains sur les accoudoirs.
Puis il se leva.
Claire eut un mouvement de recul et inspira brusquement.
— V-vous pouvez tenir debout ?
Un sourire passa sur ses lèvres.
— Je peux faire bien plus que cela, Claire.
Il se dirigea vers un miroir.
Devant son reflet, il porta une main à son cou et saisit le bord presque invisible d’une fine membrane de silicone.
Claire sentit son cœur s’arrêter.
Très lentement, Bastien commença à retirer sa transformation.
Couche après couche.
Il ôta d’abord la prothèse qui gonflait artificiellement son visage et le faisait paraître couvert de cicatrices.
Puis il retira l’énorme combinaison qui ajoutait près de cinquante kilos à sa silhouette.
Enfin, il enleva la perruque qui lui donnait l’apparence d’un homme chauve.
Quelques minutes suffirent.
Le « Milliardaire-cochon » n’existait plus.
Devant Claire se tenait désormais un homme d’un peu plus de trente ans.
Grand.
Musclé.
Le visage harmonieux, les traits marqués et une beauté si spectaculaire qu’elle en paraissait presque irréelle.
Sébastien de Montfort.
Le véritable Sébastien.
Claire recula jusqu’au lit et s’assit, incapable de détourner le regard.
— Q-qui êtes-vous ?
Sébastien s’agenouilla devant elle.
Il prit doucement ses mains.
— Je suis toujours moi, Claire. Bastien. Celui que tu connais.
Elle secoua lentement la tête, bouleversée.
— M-mais pourquoi ? Pourquoi avoir fait semblant pendant tout ce temps ?
Le visage de Sébastien devint grave.
— Parce que j’étais épuisé.
Il baissa les yeux un instant.
— Toutes les femmes que j’avais rencontrées jusque-là étaient attirées par mon visage ou par mon argent. Quand Véronique m’a trahi, je me suis juré de ne jamais me marier avant d’avoir rencontré une femme capable d’aimer ce que j’étais à l’intérieur, et non l’apparence que le monde admirait.
Ses yeux se remplirent de larmes.
— Alors j’ai créé cette apparence. Je me suis transformé volontairement en monstre. Je voulais trouver une femme capable de supporter mon odeur, mon poids, mes colères, quelqu’un qui resterait alors même qu’elle n’aurait aucune raison de le faire.
Il serra légèrement les mains de Claire.
— Et cette femme, c’était toi. Ce soir, tu m’as défendu devant tout le monde. Tu m’as aimé alors que tu étais persuadée que je n’avais rien à t’offrir en dehors d’une vie difficile.