Elle accoucha d’un bébé noir dans une famille française ordinaire… puis une série de meurtres révéla l’effroyable vérité cachée à la maternité

Le témoignage d’une femme aussi influente fut jugé convaincant. Julien Morel fut bientôt relâché.

Les enquêteurs décidèrent alors de retrouver Mathieu Delorme, le jeune chimiste que Julien avait menacé derrière les garages. L’homme se montra coopératif et raconta tout ce qu’il savait.

Il avait appris l’histoire des Morel dans l’usine. Les employés commentaient la naissance d’un bébé noir au sein d’une famille française ordinaire, et la nouvelle avait circulé dans toute la ville.

Mathieu avait également entendu dire que le père avait quitté le domicile familial. Pris de pitié pour Claire, il avait voulu lui proposer son aide.

Il ne l’avait rencontrée qu’une seule fois. La jeune femme l’avait reçu avec froideur et lui avait immédiatement fait comprendre qu’elle ne voulait rien de lui. Mathieu avait compris le message et ne l’avait plus jamais dérangée.

L’enquête se retrouva alors sans piste sérieuse. Les policiers ne pouvaient plus compter que sur le réveil de Claire. Peut-être se souviendrait-elle d’un détail capable d’identifier son agresseur.

Quelques jours plus tard, la jeune femme reprit connaissance. Mais ses souvenirs ne permirent pas de faire avancer les recherches.

Elle confirma qu’un homme à moto l’avait poussée. Il portait un casque, et elle n’avait donc jamais vu son visage.

En revanche, elle était certaine d’une chose : l’agresseur n’était pas son mari.

Une fois encore, l’affaire s’enlisait.

Lorsque Claire sortit finalement de l’hôpital, Julien l’attendait devant l’entrée. Durant les semaines précédentes, il avait beaucoup réfléchi. Il avait décidé de croire sa femme et renoncé à demander immédiatement le divorce.

Les époux parlèrent longuement. Ils finirent par prendre une décision : faire analyser leur groupe sanguin afin de vérifier, au moins de manière approximative, s’ils pouvaient être les parents biologiques du bébé.

Ils savaient qu’un tel examen ne permettrait pas d’établir une certitude absolue. Mais en 1971, les analyses génétiques modernes n’existaient pas encore. Et la question de l’origine de l’enfant les obsédait tous les deux.

Claire commençait à envisager une hypothèse de plus en plus troublante : son bébé avait peut-être été échangé à la maternité.

Julien et Claire donnèrent leur sang, puis attendirent les résultats. L’examen devait prendre un peu de temps.

Ils étaient loin d’imaginer que cette simple décision allait déclencher une nouvelle suite de drames.

Le premier événement survint peu après. Le docteur Lucien Armand, qui travaillait à la maternité, mourut renversé par un camion. Le véhicule fut retrouvé non loin du lieu de l’accident, avec la portière du conducteur grande ouverte.

Les policiers identifièrent rapidement le propriétaire du camion et se rendirent chez lui. L’homme était bouleversé. Il affirma ne pas avoir su que son véhicule avait disparu.

Le camion avait donc été volé. La mort du médecin ne ressemblait plus à un simple accident de la circulation.

Puis les enquêteurs découvrirent un détail capital : Lucien Armand était le médecin qui avait accouché Claire Morel.

La coïncidence paraissait beaucoup trop parfaite.

Les policiers supposèrent que la réponse se trouvait à l’intérieur même de la maternité. Ils convoquèrent Sophie Lambert, la sage-femme qui avait assisté le docteur Armand pendant l’accouchement.

Sophie soutint que tout s’était déroulé normalement. Aucun incident, aucune confusion, aucune erreur n’avait eu lieu. L’enfant remis à Claire après la naissance était bien celui qu’elle avait mis au monde, affirma-t-elle.

Pourtant, les enquêteurs remarquèrent immédiatement son malaise. Elle parlait avec prudence, évitait leurs regards et semblait redouter quelque chose.

Ils choisirent de ne pas la brusquer. Pour le moment, ils voulaient surtout identifier l’auteur de la mort du docteur.

Ce fut une erreur.

Dès le lendemain, on retrouva le corps de Sophie Lambert dans une pièce de service de la maternité. Quelqu’un l’avait tuée à son tour.

En interrogeant le personnel, les policiers apprirent un fait nouveau. La veille, un employé avait aperçu dans le bâtiment un homme vêtu d’une blouse blanche.

L’inconnu s’était présenté comme un stagiaire.

L’employé se souvenait parfaitement de lui, car l’homme paraissait beaucoup trop âgé pour être un jeune étudiant. Sa présence l’avait immédiatement intrigué.

Quelques jours plus tard, les résultats des analyses sanguines des Morel arrivèrent enfin.

Ils étaient sans équivoque : ni Claire ni Julien ne pouvaient être les parents biologiques du bébé noir.

L’enfant avait bel et bien été échangé.

Les événements commencèrent alors à s’emboîter. Quelqu’un avait organisé la substitution du nouveau-né à la maternité. Et dès que cette personne avait appris que les Morel voulaient vérifier leur lien de parenté, elle avait entrepris d’éliminer tous ceux qui pouvaient révéler la vérité.

Les enquêteurs raisonnèrent ainsi : le cerveau d’une opération aussi complexe ne se serait probablement pas chargé lui-même des meurtres. Il avait dû engager un exécutant.