Ma belle-mère était partie en vacances avec un homme qu’elle connaissait depuis moins d’une semaine — cinq jours plus tard, elle m’a appelée en pleine nuit : « Aide-moi, je t’en supplie. Mais surtout, ne dis rien à mon fils. »

— Rien.

— Pourquoi ?

— Parce que tout le monde souriait. Je me suis dit que je dramatisais.

Le lendemain matin, Gérard avait déjà ouvert plusieurs sites d’annonces immobilières. Il lui demandait si elle préférait un appartement avec deux chambres ou avec trois.

Puis il lui avait expliqué qu’elle pourrait éventuellement vendre sa maison, puisqu’il n’aurait aucun sens de continuer à entretenir deux logements.

— Il a dit qu’il réfléchissait simplement à l’avenir, murmura Monique.

— Il a vraiment parlé de l’avenir ?

— Il a dit qu’il aimait prévoir les choses.

— Et toi, qu’as-tu pensé ?

— Que je devais trouver un avion le plus vite possible.

Le soir même, Monique lui a annoncé qu’elle souhaitait passer la fin de son séjour à l’hôtel.

Gérard n’a pas crié. Il ne l’a pas menacée. Il a simplement refusé de considérer son souhait comme une raison suffisante.

— Il m’a demandé pourquoi je détruisais quelque chose de beau, raconta-t-elle. Il m’a rappelé combien de fois j’avais dit que je me sentais seule.

Elle essuya le coin de son œil.

— Puis il m’a dit que c’était la peur qui me poussait à fuir.

— Tu veux rester avec lui ?

— Non.

— Alors c’est suffisant.

Monique m’a regardée avec surprise.

— Tu ne penses pas que je devrais lui donner une chance ?

— Ce n’est pas à moi de décider. Mais si tu ne veux plus rester, ta décision suffit.

Ses lèvres se sont mises à trembler.

— Je ne pouvais pas appeler Olivier.

— Parce qu’il t’aurait répondu : « Je te l’avais bien dit » ?

Elle a hoché la tête.

Et j’ai enfin compris pourquoi elle m’avait appelée, moi.

Elle n’avait pas besoin que je la sauve de Gérard. Elle avait besoin de quelqu’un qui ne transformerait pas son départ en preuve qu’elle avait été stupide de vouloir rester.

Après le petit déjeuner, nous sommes retournées à la maison.

Avant d’entrer, j’ai envoyé l’adresse à Olivier. Je ne lui ai pas demandé de venir. Je voulais seulement qu’il sache où nous étions.

Gérard a ouvert la porte.

En me voyant, son visage s’est aussitôt fermé.

— Claire.

— Bonjour.

Il a regardé Monique.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Je viens chercher mes affaires, a-t-elle répondu.

Sa mâchoire s’est contractée.

— Olivier t’a envoyée ?

— Non.

Gérard continuait à s’adresser à moi plutôt qu’à elle.

— Il sait que tu es ici ?

— Maintenant, oui.

Il m’a fixé avec irritation.

— Pourquoi tout le monde la traite-t-il comme si elle était incapable de prendre ses propres décisions ?

Monique a cessé de ranger ses vêtements.

— Personne ne me traite comme ça. C’est moi qui ai appelé Claire.

— J’essaie seulement de comprendre.

Cette fois, il s’est tourné vers elle.

— Tu as appelé ta belle-fille ?

— J’ai appelé quelqu’un qui sait écouter.

— Mais je t’écoutais.

— Non. Tu discutais avec moi jusqu’à ce que je sois d’accord avec toi.

Son expression a changé.

— Je voulais seulement comprendre.

— Tu as dit que je paniquais.

— Parce que tu paniquais.

— Je t’ai dit que je voulais retourner à l’hôtel.

— Justement parce que tu paniquais.

Le regard de Monique s’est durci.

— Tu as décidé que je paniquais uniquement parce que ma réponse ne te plaisait pas.

Gérard s’est assis. D’un seul coup, il semblait vidé.

— Depuis mon divorce, mes enfants sont partis vivre leur vie. Je rentre chez moi et il n’y a personne.

Il a regardé vers la fenêtre.

— Ma maison est vide.

Monique s’est légèrement radoucie.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Après mon divorce, mes enfants sont partis. Le soir, quand je rentre, personne ne m’attend.

Il a baissé les yeux.

— Et puis je t’ai rencontrée.

Sa voix s’est faite plus fragile.

— Je pensais vraiment qu’il se passait quelque chose de sérieux entre nous.

Monique s’est assise face à lui.

— Gérard…

— Je croyais que cette rencontre signifiait quelque chose.

— Elle signifiait quelque chose.

— Alors pourquoi partir ?

— Parce que quelques jours heureux ne veulent pas dire que nous devons passer le reste de notre vie ensemble.

Gérard a gardé la tête baissée.

— Je me suis emballé.

Après un long silence, il a hoché la tête.

— Oui. Je suis allé trop vite.

— Moi aussi, a reconnu Monique.

C’était une vérité qu’aucun des deux n’avait voulu regarder en face.

Gérard avait pris quelques jours de bonheur pour la preuve qu’il avait enfin trouvé la femme avec laquelle il vivrait. Monique, elle, avait cru que cette parenthèse prouvait qu’elle était devenue une personne entièrement différente.

Mais rien de tout cela n’était vrai.

Gérard s’est relevé et a porté l’une des valises de Monique jusqu’à la porte.

Quand elle a répété qu’elle partait, il ne lui a plus demandé de rester.

Nous étions justement en train de sortir les bagages lorsqu’une voiture de location s’est arrêtée devant la maison.

Olivier en est descendu.

Il avait probablement pris le premier vol après avoir reçu mon message.

Monique a levé les yeux au ciel.

— Évidemment.

Olivier s’est précipité vers nous.

— Tu vas bien ?

— Oui.

Mais avant que j’aie le temps de lui expliquer quoi que ce soit, il a aperçu Gérard. Son visage s’est immédiatement fermé.

— Je savais que c’était une mauvaise idée.