« Ne signez rien demain, quoi qu’on vous dise » : la confidence nocturne de sa gouvernante a révélé à Michel que son épouse préparait quelque chose de bien plus terrible qu’un simple héritage

Je répondis avant elle :

— Elle discutait avec moi.

— À propos de quoi ?

— À ton sujet.

Un muscle tressaillit à peine sur le visage d’Alice.

Ce ne fut qu’un mouvement infime, presque imperceptible.

Puis elle eut un petit rire moqueur.

— Michel, tu es sérieux ? Tu écoutes encore ce que racontent les domestiques ?

Marianne rougit.

— Je n’ai rien inventé !

Alice se tourna sèchement vers elle.

— Personne ne t’a demandé ton avis.

— Ça suffit, dis-je.

Les deux femmes se turent.

Je regardai Marianne.

— Rentre chez toi.

Elle me lança un regard inquiet.

— Monsieur Michel…

— J’ai dit : rentre.

Elle récupéra son téléphone et se dirigea vers la sortie. Mais juste avant de franchir la porte, elle s’arrêta.

— Je vous demande seulement une chose.

Alice croisa les bras.

— Bien sûr.

Marianne ne la regarda pas.

— Demain, ne signez rien. Peu importe ce qu’on vous dira.

Puis elle partit.

Je me retrouvai seul avec Alice.

Elle referma la porte et resta silencieuse quelques instants. Ensuite, elle s’approcha de moi.

— Tu as vraiment cru cette femme ?

— Pour le moment, je ne crois plus personne.

— Michel…

Alice posa ses mains sur mes épaules.

Autrefois, ce simple geste suffisait à me calmer. Cette fois, je demeurai immobile.

— Tu sais pourtant à quel point je t’aime.

Les mots qui m’avaient autrefois réchauffé le cœur me semblèrent presque récités.

— Qui est l’homme sur le parking ?

Ses doigts se figèrent.

— Quel homme ?

— Ne fais pas semblant.

Alice retira lentement ses mains.

— Donc Marianne me surveille maintenant ?

— Réponds-moi.

Elle alla jusqu’à la fenêtre.

— C’est un avocat.

— Son nom ?

— Julien.

— Julien comment ?

Elle se retourna.

— Julien Morel.

— Pourquoi le rencontres-tu sans moi ?

— Parce que je prépare les documents.

— Lesquels ?

Elle soupira avec agacement.

— Michel, ceux dont nous avons parlé des dizaines de fois. La succession. Les procurations. Tes comptes. L’entreprise. Tu repousses toujours tout.

Son explication paraissait logique.

Trop logique.

— Et demain, je dois signer quelque chose ?

Alice sourit.

— Oui.

— Quoi ?

— Une simple procuration.

— Tu me la montreras demain matin.

Son sourire se crispa.

— Évidemment.

Elle m’embrassa sur la joue.

— Ne laisse pas des étrangers détruire notre mariage.

Puis elle sortit.

J’attendis que ses pas s’éloignent dans le couloir. Je verrouillai la porte du bureau.

Et soudain, je me rappelai les paroles de ma fille, prononcées quelques mois avant mon mariage :

— Papa, tu la connais à peine.

À l’époque, je m’étais mis en colère. J’avais pensé que mes enfants étaient incapables d’accepter que leur vieux père puisse être heureux à nouveau.

J’ouvris mon agenda et écrivis en grosses lettres :

NE RIEN SIGNER.

Ensuite, je me dirigeai vers le coffre-fort.

Je voulais vérifier mes dossiers.

La clé était en ma possession. Le code, lui, n’était connu que de moi.

Le coffre s’ouvrit.

Je parcourus les chemises une à une.

Immobilier.

Entreprise.

Assurances.

Testament…

Je m’immobilisai.

L’enveloppe avait disparu.

Celle qui contenait la copie de mon dernier testament.

J’étais certain de l’avoir encore vue quelques heures plus tôt.

Cela signifiait qu’une personne avait ouvert mon coffre.

Et pour la première fois depuis des années, je me sentis totalement démuni dans ma propre maison.

Chapitre 3. L’homme qui n’était pas censé exister

Je ne dormis pratiquement pas jusqu’au matin.

Les mêmes phrases tournaient sans cesse dans ma tête :

« Il ne reste que quelques jours. »

« Après le petit déjeuner, il signera le dernier document. »

Le testament disparu.

L’homme inconnu près d’Alice.

Les papiers.

Vers cinq heures du matin, un bruit discret monta du rez-de-chaussée.

Je me redressai dans mon lit.

Quelques secondes plus tard, j’entendis la porte d’entrée s’ouvrir.

Quelqu’un venait d’entrer dans la maison.

J’enfilai une robe de chambre et descendis l’escalier.

Marianne se tenait dans l’entrée.

— Toi ?

Elle sursauta.

— Excusez-moi.

— Que fais-tu ici à cinq heures du matin ?

— Je…

Elle baissa la tête.

— J’ai oublié mon téléphone.

Je regardai sa main.

Le téléphone s’y trouvait.

Marianne poussa un long soupir.

— D’accord. Je vous ai menti.

— Pourquoi es-tu revenue ?

Des larmes apparurent dans ses yeux.

— Parce qu’hier soir, je ne vous ai pas tout dit.

Le froid me saisit de nouveau.

— Pourquoi ?

— J’avais peur.

— De qui ?

Sa réponse fut presque inaudible :

— D’Alice.

Nous allâmes dans la cuisine.

Marianne sortit une enveloppe de son sac.

— J’ai trouvé cela il y a quelques jours.

À l’intérieur se trouvait un relevé bancaire.

Je parcourus rapidement les lignes, sans comprendre immédiatement ce que je voyais.

Puis je remarquai le montant.

Il était beaucoup trop élevé pour qu’il s’agisse d’un simple transfert banal.

L’argent provenait de l’un de mes comptes.

Le bénéficiaire était Julien Morel.

L’homme de la photographie.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Je ne sais pas.

— Qui est-il réellement ?

Marianne me fixa longuement.

Puis elle répondit :

— L’ancien mari d’Alice.

Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre.