— Alors rien. Si tu souhaites offrir quelque chose de cher à ta mère, fais-le. Je ne t’en ai jamais empêché. Cette fois, moi, j’ai voulu faire plaisir à la mienne. Elle a énormément aidé notre famille et elle continue de le faire.
Le visage de Thomas se durcit.
— Donc, selon toi, ma mère ne fait jamais rien pour nous ?
Ce n’était pas tout à fait vrai. Monique n’était pas complètement absente de la vie de sa petite-fille. Il lui arrivait de débarquer sans prévenir, d’emmener Chloé se promener pendant une heure ou deux, puis de ne plus donner signe de vie pendant plusieurs semaines. Mais sur le plan financier, les parents de Thomas n’avaient pratiquement jamais aidé le couple.
Camille ne voulait pourtant pas entrer dans ce genre de comparaison.
— Je dis simplement que j’aime ma mère et que j’ai envie de lui offrir quelque chose de personnel, quelque chose qui lui fasse chaud au cœur. Rien de plus. On peut arrêter cette conversation ? Je suis fatiguée et j’ai envie de dormir.
Elle bâilla, se leva et se dirigea vers la chambre.
Thomas resta seul à table, suivant sa femme du regard avec une irritation croissante. Dans son esprit, l’injustice était évidente : Camille privilégiait sa propre famille. Pourtant, au fond de lui, il savait très bien qu’un certain nombre de vacances, plusieurs dépenses importantes et quantité d’imprévus avaient pu être financés grâce à l’aide de Madeleine.
Seulement, l’admettre aurait signifié reconnaître que Camille avait de bonnes raisons d’être reconnaissante envers sa mère.
Et Thomas n’en avait aucune envie.
Il marmonna encore quelques minutes, repoussa sa chaise bruyamment puis alla lui aussi se coucher. Il s’attendait presque à ce que Camille vienne adoucir les choses, comme autrefois. Il pensait qu’elle finirait par lui dire quelques mots conciliants, peut-être même par s’excuser simplement pour rétablir la paix.
Mais Camille ne dit rien.
Ce silence n’était ni une punition ni une manifestation d’orgueil. Elle n’éprouvait tout simplement aucune culpabilité. Elle avait fait ce qu’elle jugeait juste et ne voyait aucune raison de demander pardon parce qu’elle aimait une mère qui, tant de fois, avait soutenu leur foyer.
Le lendemain matin, Camille se leva comme d’habitude sans faire de bruit. Elle se prépara, fit le petit-déjeuner, aida Chloé à s’habiller pour l’école maternelle puis quitta l’appartement avec elle après avoir lancé un au revoir à Thomas, encore à moitié endormi.
Toute sa journée fut remplie de travail et de pensées liées à l’anniversaire. Elle voulait que tout se passe bien. Surtout, elle souhaitait que Madeleine profite pleinement de cette soirée et ressente l’affection de ceux qui seraient réunis autour d’elle.
Le soir, après avoir couché Chloé, Camille ouvrit son armoire et sortit soigneusement les vêtements prévus pour le lendemain. Pour elle, elle avait choisi une robe douce dans une teinte pastel. Chloé porterait une petite tenue dans les mêmes nuances. Pour Thomas, elle avait préparé une chemise grise qui s’accordait parfaitement avec son pantalon.
Une fois les trois ensembles réunis, le résultat était élégant, discret et harmonieux.
Le lendemain matin, Thomas remarqua les vêtements.
— C’est quoi, encore, cette mise en scène ? ricana-t-il. Moi, je vais mettre ma chemise blanche. Garde tes idées de styliste pour quelqu’un d’autre.
Camille sentit une pointe désagréable lui serrer la poitrine, mais ne montra rien.
— Comme tu veux.
Ce n’était pas la chemise grise qui comptait. Thomas aurait parfaitement pu préférer la blanche. Ce qui la blessait, c’était son ton, cette façon de traiter ses efforts comme une chose ridicule, comme si son envie de rendre cette journée agréable n’avait aucune importance.
Le restaurant choisi par Madeleine était charmant. Les tables étaient couvertes de nappes claires, la vaisselle avait été disposée avec élégance et une musique discrète flottait dans la salle. Des bouquets de fleurs fraîches parfumaient légèrement l’air. Les invités se retrouvaient avec plaisir, s’embrassaient, échangeaient des nouvelles et riaient en découvrant ceux qu’ils n’avaient pas vus depuis longtemps.
Madeleine, elle, était rayonnante.
Camille ne se souvenait pas l’avoir vue aussi heureuse depuis longtemps.
Thomas, à peine arrivé, se dirigea vers la table et se laissa lourdement tomber dans un fauteuil. Il s’y installa avec l’attitude d’un homme persuadé qu’il ne lui manquait plus qu’un domestique pour prendre son manteau.
Camille, tenant Chloé par la main, alla rejoindre sa mère.
Elle lui tendit la grande boîte avec une émotion qu’elle essayait de contenir.
— Joyeux anniversaire, maman.
Madeleine prit le paquet avec précaution avant de serrer sa fille très fort contre elle.
— Merci, ma chérie. Je vais ouvrir tout ça un peu plus tard, d’accord ? J’ai envie de prendre mon temps et de savourer ce moment.
Camille sourit et acquiesça.
À cet instant précis, son téléphone vibra dans son sac.
Elle le sortit et vit apparaître le nom de Monique.