J’avais oublié mon sac dans un restaurant et j’étais revenue le chercher. Mais à peine avais-je franchi la porte que le directeur s’est approché de moi et a murmuré : « Je vais vous montrer les images de vidéosurveillance, mais essayez de ne pas vous évanouir quand vous verrez ça. » Et lorsque l’écran a révélé ce que mon mari venait de faire, mes jambes ont presque cédé sous moi. En réalité…
J’avais oublié mon sac dans un restaurant et j’étais revenue le chercher. Mais à peine avais-je franchi la porte que le directeur s’est approché de moi et a murmuré : « Je vais vous montrer les images de vidéosurveillance, mais essayez de ne pas vous évanouir quand vous verrez ça. » Et lorsque l’écran a révélé ce que mon mari venait de faire, mes jambes ont presque cédé sous moi. En réalité…
Élodie Morel n’était plus qu’à quelques pas de la table qu’elle venait de quitter, dans un restaurant élégant près des Champs-Élysées, lorsque le directeur se planta devant elle et baissa instinctivement la voix :
« Madame, il faut que vous me suiviez tout de suite. Et quoi que vous voyiez… surtout, ne paniquez pas. »
Dix minutes plus tôt, elle était partie après un dîner organisé pour célébrer ses trois ans de mariage. À table se trouvaient son mari Julien, la mère de celui-ci, Marianne, et une jeune femme nommée Chloé, que Julien présentait depuis toujours comme sa sœur adoptive. Vu de l’extérieur, la soirée avait tout d’un tableau parfait. Julien s’était montré tendre, prévenant, d’un calme presque rassurant — ce genre d’homme que les inconnus admirent sans même le connaître. Élodie elle-même s’était surprise à respirer un peu mieux : les migraines et les vertiges étranges qui l’épuisaient depuis plusieurs semaines semblaient enfin s’être légèrement apaisés.
Mais dans le taxi qui la ramenait chez elle, elle comprit soudain qu’elle avait laissé son sac au restaurant.
Élodie fit demi-tour seule, persuadée qu’elle n’aurait qu’à sourire avec gêne, récupérer ses affaires et s’excuser rapidement. Au lieu de cela, le directeur de l’établissement, Étienne Laurent, la conduisit sans un mot dans son petit bureau de service, referma la porte derrière eux et lança l’enregistrement de la caméra orientée vers leur table.
Sur l’écran, Élodie se vit se lever et se diriger vers les toilettes. Puis Julien apparut, immobile d’abord, avant de regarder prudemment autour de lui pour s’assurer que personne ne l’observait. Ensuite, il ouvrit son sac, en sortit le flacon de vitamines, vida les vraies gélules sur une serviette et les remplaça par des comprimés presque identiques, sortis de la poche intérieure de sa veste.
Élodie sentit tout le sang quitter son visage.
Mais le pire n’était pas encore arrivé.
Marianne, elle, n’avait pas l’air surprise. Elle riait doucement. Chloé se pencha vers Julien avec un sourire qui ressemblait à une approbation silencieuse. Ces trois personnes ne ressemblaient plus à une famille réunie pour fêter un anniversaire de mariage. Elles avaient l’air de complices exécutant un plan préparé depuis longtemps.
Étienne montra alors à Élodie la serviette contenant ses véritables vitamines — il l’avait récupérée dans la poubelle des toilettes pour hommes. Puis il lui expliqua qu’avant de diriger ce restaurant, il avait travaillé plusieurs années en pharmacie et qu’il avait reconnu les comprimés substitués presque immédiatement : c’étaient des psychotropes puissants. Pris régulièrement, ils pouvaient provoquer confusion mentale, anxiété, paranoïa, hallucinations auditives et désorientation. Pas assez pour la tuer. Mais largement assez pour que son entourage commence à la croire instable, fragile, dangereusement déséquilibrée.
Et à cet instant précis, Élodie comprit enfin ce qui lui arrivait depuis un mois.
Les chuchotements au milieu de la nuit. Les trous noirs dans sa mémoire. Les douleurs sourdes derrière les tempes. La façon dont Julien lui répétait avec douceur qu’elle était simplement à bout de forces. La manière dont Marianne évoquait de plus en plus souvent « du repos », « une surveillance médicale » et « un traitement adapté ». Rien de tout cela n’était innocent.
La raison était terriblement simple. Élodie dirigeait l’entreprise fondée autrefois par son père disparu. Si elle était officiellement déclarée incapable de gérer ses affaires, Julien pouvait demander sa mise sous tutelle et prendre le contrôle de la société.
À ce moment-là, son téléphone se mit à vibrer.
Julien.
Étienne l’empêcha de rejeter l’appel.
« Ne les affrontez pas maintenant, souffla-t-il. Laissez-les croire que tout se déroule exactement comme ils l’ont prévu. »
Élodie décrocha d’une voix parfaitement maîtrisée, dit à son mari qu’elle avait retrouvé son sac et qu’elle serait bientôt rentrée. Lorsqu’elle raccrocha, elle remit le flacon falsifié dans son sac et prit sa décision.
Elle allait rentrer chez elle.
Elle continuerait à jouer son rôle.
Puis elle les détruirait avec leurs propres preuves.