Ce jour-là, je ne pensais qu’à une chose : rentrer chez moi le plus vite possible.
Je m’appelle Julien. J’ai trente-huit ans et, après une semaine de travail épuisante, j’attendais à l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry mon vol pour Paris.
Le terminal était plongé dans l’agitation habituelle. Les voyageurs se dépêchaient vers leurs portes d’embarquement, les valises roulaient sur le sol, des enfants se plaignaient et les annonces se succédaient dans les haut-parleurs. Je venais d’acheter un café et cherchais une place libre lorsque j’ai remarqué un homme âgé, non loin de moi.
Il devait avoir plus de quatre-vingts ans. Ses cheveux étaient blancs, il portait des lunettes et tenait une petite valise d’une main. De l’autre, il s’accrochait prudemment au dossier des sièges, comme s’il craignait de perdre l’équilibre.
Il fit deux pas, puis s’arrêta de nouveau.
Je me suis approché.
— Vous avez besoin d’aide ?
Le vieil homme a fixé mon visage pendant quelques secondes, comme s’il cherchait à savoir si nous nous étions déjà rencontrés.
— Si cela ne vous dérange pas, mon garçon…
J’ai pris sa valise.
— Vous devez aller à quelle porte ?
Il sortit sa carte d’embarquement de la poche de son manteau.
— C18.
Mon vol partait de la porte C21.
— Alors nous allons presque dans la même direction.
Il m’a adressé un sourire reconnaissant.
— On dirait que la chance a décidé de me donner un petit coup de main aujourd’hui.
Nous avons commencé à avancer lentement dans le terminal. J’ai appris qu’il s’appelait Marcel. Il avait quatre-vingt-quatre ans et, d’après lui, cela faisait très longtemps qu’il n’avait plus pris l’avion.
Au premier abord, Marcel ressemblait à n’importe quel passager âgé.
Pourtant, quelques minutes plus tard, un détail a commencé à me déranger.
Il ne cessait de se retourner.
La première fois, j’ai pensé que je m’étais trompé.
Mais lorsqu’il a recommencé, je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander :
— Tout va bien ?
Marcel s’est brusquement immobilisé.
Il n’a pas répondu. Son regard s’est simplement arrêté quelque part derrière mon épaule.
Je me suis retourné à mon tour.
À une vingtaine de mètres de nous, près d’un pilier, un homme vêtu d’une veste noire se tenait debout. Il gardait un téléphone contre son oreille et faisait semblant de converser.
— Vous le connaissez ? ai-je demandé à voix basse.
Marcel n’a rien dit.
Il s’est contenté de reprendre sa marche.
C’est à cet instant qu’un malaise véritable s’est installé en moi.
Lorsque nous sommes arrivés dans une partie plus calme du terminal, où il y avait beaucoup moins de monde, Marcel a soudain prononcé mon prénom :
— Julien, est-ce que je peux utiliser votre téléphone ?
Je me suis arrêté net.
— Comment connaissez-vous mon prénom ?
Il a désigné du regard ma poitrine.
Ce n’est qu’à ce moment-là que je me suis souvenu de mon badge professionnel. Après ma journée de travail, je l’avais laissé autour de mon cou.
Je me suis légèrement détendu.
— Je dois passer un coup de fil, m’a-t-il expliqué.
J’ai sorti mon portable et le lui ai tendu.
Il a composé un numéro avec une étonnante rapidité.
Quelques secondes plus tard, j’ai entendu :
— La police ?
Mon cœur a semblé s’arrêter.
J’ai regardé Marcel avec stupeur.
Il s’est détourné de moi et a baissé la voix.
— Oui. Je suis actuellement à l’aéroport… dans le terminal C… Il est juste à côté de moi.
Je suis resté pétrifié.
Il est juste à côté de moi.
De qui parlait-il ?
De moi ?
Marcel a écouté la personne au bout du fil, puis il a répondu avec assurance :
— Oui, j’en suis certain. Venez aussi vite que possible, je vous en prie.
Il a raccroché.
Je lui ai immédiatement repris mon téléphone.
— Pouvez-vous m’expliquer ce qui se passe ?
Marcel m’a regardé droit dans les yeux.
La gentillesse qui éclairait son visage quelques instants plus tôt avait complètement disparu.
— Je ne vous demande qu’une seule chose : ne partez pas.
Ces mots ont fait naître dans mon esprit une multitude d’hypothèses inquiétantes.
Dans quoi cet homme venait-il de m’entraîner ?
Que se passait-il réellement ?
Et surtout, pourquoi avait-il dit à la police : « Il est juste à côté de moi » ?
— Marcel, si vous avez des ennuis, je n’ai absolument rien à voir avec cette histoire.
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Il m’a répondu avec un calme déconcertant :
— Je le sais.
Puis le vieil homme a de nouveau regardé derrière moi.
Je me suis retourné d’un mouvement vif.
L’homme à la veste noire avait disparu.
À cet instant, je ne désirais plus qu’une chose : récupérer mon sac à dos et quitter les lieux au plus vite.
Mais au moment où je tendais la main vers lui, Marcel m’a brusquement retenu.
— Julien, ne touchez pas à votre sac pour l’instant.
Je l’ai dévisagé, complètement perdu.
— Pourquoi ?
Il n’a pas répondu.
Deux minutes plus tard, deux policiers sont apparus au bout du terminal. Ils avançaient directement vers nous, d’un pas décidé.
Plusieurs voyageurs ont commencé à se retourner.